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La Chine annonce la fin d’un monde ? Chine Nouvelle parle et annonce au Monde que  la Nouvelle Grande Transformation est officiellement actée

Contrairement à ce que relatent tous les journaux, ce n’est pas « un media chinois » parmi d’autres, mais c’est Le média chinois, plus précisément l’Agence d’informations Chine Nouvelle Xinhua qui déclare urbi et orbi : «Alors que les hommes politiques américains échouent à trouver un accord viable pour refaire fonctionner normalement les institutions politiques dont ils sont si fiersc'est peut-être le bon moment pour une planète abasourdie de commencer à envisager la construction d'un monde désaméricanisé».

La nuance est de taille. 

 

Lorsque Karl Polanyi publie en 1944 son maître ouvrage intitulé La Grande Transformation, aux origines politiques et économiques de notre temps (titre exact), il théorise en quelque sorte les bases de l’univers économique et financier dans lequel le monde aura vécu durant soixante ans et dont des pans entiers ont commencé de s’écrouler depuis l’ouverture de la « crise mondiale » en 2008.

 

Avec la prise de position et la posture économique et diplomatique adoptées par la Chine officielle (RPC), ce sont désormais les bases de ce qu’il convient d’appeler une Nouvelle Grande Transformation post-Polanyi qui sont désormais posées.

 

« Ironie de l'histoire, ainsi que l’écrit Evelyne Jardin dans la recension qu’elle fait de la traduction  française de l’œuvre de Polanyi, cette critique majeure du libéralisme économique fut publiée la même année que le plaidoyer contre la « planification » de Friedrich von Hayek, La Route de la servitude. Mais il attendra pourtant près de quarante ans avant d'être traduit de l'anglais, ce qui illustre bien le relatif insuccès de cette œuvre à sa sortie. La démarche de Karl Polanyi est cependant novatrice : elle associe l'histoire et l'anthropologie pour démontrer que l'économie de marché est une construction sociohistorique et non un trait de la nature. Son socialisme humaniste se situe à l'opposé des déterminismes libéraux et marxistes. Cet économiste d'origine hongroise décrit l'avènement de l'économie de marché, ses contradictions internes et la réaction de la société aux dangers qui en découlent. » 

Nous y sommes, à ceci près que pour tous ceux qui s’intéressent à la marche du monde et à ses avatars économiques qui le remodèlent à vive allure, le concert d’avertisseurs qui signalaient l’imminence d’une catastrophe et d’un bouleversement économique et financier de la planète est aujourd’hui couvert par les mises en garde d’un géant asiatique sérieusement inquiet de la tournure que prennent les événements.

En élevant la voix la Chine montre surtout, après les Etats-Unis d’Amérique désormais dans l’impasse, qu’elle ne dispose d’aucune prise sur ce monde qui s’en va. Polanyi, Hayek, changement de rideau. Bienvenue à Sapir et Werrebrouck.

Le « shutdown », cette impasse budgétaire qui frappe les administrations centrales américaines depuis  trois semaines représente-t-il vraiment pour la Chine cette opportunité à saisir dont elle se prévaut? « Les jours inquiétants où les destinées d'autres pays se trouvent dans les mains d'une nation hypocrite doivent prendre fin, déclare l’agence Chine Nouvelle, et un nouvel ordre mondial doit être mis en place, où toutes les nations (...) verront leurs intérêts respectés et protégés sur un pied d'égalité».

 

«Le blocage qui paralyse de façon cyclique à Washington tout accord bipartisan sur le budget fédéral et le relèvement du plafond de la dette menace de nouveau les importantes réserves en dollars de nombreux pays et angoisse fortement la communauté internationale».

 

La réalité est que les dirigeants chinois qui ont procédé à de sérieux appels du pied jusqu’à adresser des avertissements et appels au compromis budgétaire ont très peur du glissement financier vers l’abîme. Une guerre financière menée par les USA contre la Chine pour se défausser de soixante années de ruine financière et reprendre la main pour tenter de mettre en place un nouvel ordre économique planétaire ne procéderait pas autrement.

 

Cette aporie mise de côté, le fait est qu’en tant que deuxième économie mondiale, la Chine est à ce titre le principal détenteur de dette américaine, avec 1,280 milliards de dollars en bons du Trésor.

 

« Les économies émergentes doivent avoir davantage leur mot à dire dans les institutions financières internationales », insiste Chine Nouvelle qui évoque à ce propos la création d'une    « nouvelle devise de réserve» pour remplacer le dollar et une évolution du Fonds monétaire international (FMI). »

 

La légende dit comment Yukong réussit à déplacer les montagnes, certes, mais pour le moment la crise de la dette, arrivée à maturité, annonce un choc imminent dans la Grande Muraille. Veuillez redresser le dossier de votre fauteuil, fermer vos tablettes et attacher vos ceintures, nous entrons dans une zone de turbulences. (A suivre).

 

 

 

 

 

Notes :