Allo! DME! Dix millions d'électeurs! Renaud Bouchard 2012

Présidentielles 2012

13 avril 2008

Jeux Olympiques et politique, dictature et profits : faillite morale et démission des gardiens.

Lorsqu'il admet de nouveaux membres, le CIO, Comité International Olympique, les reçoit lors d’une cérémonie au cours de laquelle ceux-ci s’engagent à remplir leurs obligations en prêtant le serment suivant :

«Admis à l’honneur de faire partie du Comité International Olympique, et me déclarant conscient des responsabilités qui m’incombent à ce titre, je m’engage à servir le Mouvement olympique dans toute la mesure de mes moyens, à respecter et à faire respecter toutes les dispositions de la Charte olympique et les décisions du Comité International Olympique, que je considère comme étant sans appel de ma part, à me conformer au Code d’éthique, à demeurer étranger à toute influence politique ou commerciale comme à toute considération de race ou de religion, à lutter contre toute forme de discrimination et à promouvoir en toute circonstance les intérêts du Comité International Olympique et du Mouvement olympique ».


Extraordinaire organisation que celle que constitue la Machine Olympique que ses statuts définissent (dans l'article 15 de la Charte Olympique), au travers du Comité International Olympique (CIO), comme une organisation internationale non gouvernementale, à but non lucratif, de durée illimitée, à forme d’association dotée de la personnalité juridique, reconnue par le Conseil fédéral suisse conformément à un accord conclu en date du 1er novembre 2000.

Extraordinaire, encore, cette organisation internationale non gouvernementale dont la Charte énonce - Citius, Altius et Fortius - les Principes fondamentaux de l’Olympisme ici rappelés pour mémoire:

1. L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.
2. Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.
3. Le Mouvement olympique est l’action concertée, organisée, universelle et permanente, exercée sous l’autorité suprême du CIO, de tous les individus et entités inspirés par les valeurs de l’Olympisme. Elle s’étend aux cinq continents. Elle atteint son point culminant lors du rassemblement des athlètes du monde au grand festival du sport que sont les Jeux Olympiques. Son symbole est constitué de cinq anneaux entrelacés.
4. La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play. L’organisation, l’administration et la gestion du sport doivent être contrôlées par des organisations sportives indépendantes.
5. Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique.
6. L’appartenance au Mouvement olympique exige le respect de la Charte olympique et la reconnaissance par le CIO.

Extraordinaire, encore, cette organisation, véritable club érigeant la cooptation comme principe fondamental, et qui s'approprie pour ses seuls intérêts des principes universels dont l'énoncé, la mise en oeuvre et l'usage, échappent à tout contrôle, hormis celui du CIO.

Que les Jeux Olympiques soient la propriété exclusive du CIO qui est titulaire de tous les droits et toutes les données s’y rapportant, notamment et sans restriction, tous les droits relatifs à leur organisation, exploitation, retransmission, enregistrement, représentation, reproduction, accès et diffusion, quelle qu’en soit la forme et par quelque moyen ou mécanisme que ce soit, existant ou à venir, est une chose.

Mais voilà : il se trouve que les Jeux Olympiques ne sauraient pour autant être la propriété des membres du CIO, lesquels, à partir du moment où ils viennent de prouver leur incapacité à respecter l'esprit même de la Charte Olympique, doivent tout simplement se démettre de leurs fonctions comme de leurs mandats, responsables comme ils le sont moralement devant le monde entier des dérives politiques et de la mise en péril d'un idéal confronté à des réalités géopolitiques qu'ils ne pouvaient sérieusement ignorer.

Les Dieux doivent quitter l'Olympe.

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10 avril 2008

Voir loin, parler franc, agir ferme.

"Voir loin, parler franc, agir ferme."

                    Baron de Coubertin

"Il y a un concours de lâcheté et d'inélégance entre Jean-François Copé qui essaie de détourner l'attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe et Jean-Louis Borloo, qui se contente d'assurer le minimum".
"J'en ai marre d'être confrontée à une armée de lâches", a encore déclaré Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, exhortant  "chacun à prendre ses responsabilités"

Bravo pour votre courage, Madame!
Les excuses que vous avez faites n'enlèveront rien à la justesse de vos propos.
Tant pis pour vos collègues commissaires politiques qui en sont encore à discuter de la tenue de soirée dans le grand salon du Titanic.

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20 mars 2008

Panopticon

In memoriam Jeremy Bentham.

 

"Il devra être une sorte de veille sur Internet, en surveillant tout ce qui fait buzz au sujet du président de la République. Outre la presse et les médias traditionnels, Nicolas Princen devra également surveiller les sites moins connus, les blogs... Bref, tout ce qui circule sur le Net."

Bon courage...


Où l'on voit surtout que le vent vient de tourner dès lors que le Prince, devenu sourd et aveugle, se trouve réduit à ordonner qu'on lui rende compte de la rumeur du monde et d'une actualité qu'il ne commande plus.

La radicalisation du pouvoir succède très normalement au désamour d'un électorat qui a commencé à comprendre, comme le fait Yul Brynner-Pharaon dans les Dix Commandements, que la statue du Dieu muet auquel il s'adresse en vain n'est qu'un artefact.

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17 mars 2008

Le Quinquennat est terminé : avis de grand frais.

"Du temps court de l’événement au temps long des appropriations et des représentations se sont donc indissolublement tissés les liens de la formation conjointe d’une culture et d’un de ses thèmes, Waterloo, à la fois expérience et image définitive de la défaite glorieuse." (Jean-Marc Largeaud, Maître de conférences à l’Université François Rabelais de Tour, in Le temps et les historiens, Les temps retrouvés de Waterloo, Revue d'Histoire du XIXè Siècle, 25- 2002  http://rh19.revues.org/document.html?id=431).

Pour "glorieuse" qu'elle puisse être, une défaite n'en demeure pas moins ce qu'elle est : un échec, une déroute, une rupture.

Les images sont lourdes de signification politique :Bérézina, Waterloo, Sedan, autant d'événements qui sont toujours vécus avec le recul comme le coup d'envoi d'un processus inexorable de crépuscule politique, comme ce fut le cas entre le 20 novembre 1812 et le 18 juin 1815 (La Bérézina et Waterloo), voire même un brusque retournement de situation (Sedan, 2 septembre 1870), avec la naissance douloureuse d'un nouveau régime politique qui à son tour fera naufrage soixante-dix ans plus tard, faute d'avoir pu s'adapter à la réalité du monde.

Les élections municipales qui viennent de s'achever ouvrent l'Acte II de la pièce commencée le 6 mai 2007 avec un chef dont la légitimité partisane obtenue voici 10 mois, revendiquée depuis comme un véritable mantra pour justifier la continuité d'une politique, vient pourtant d'être très sérieusement révisée à la baisse par un électorat qui a probablement déjà les yeux fixés sur l'échéance 2012.

Rien n'est pourtant acquis, et surtout pas la victoire d'une opposition qui risque fort de se déchirer dans un combat de caciques qui n'ont en commun que leur impossibilité de doter leur parti aussi bien d'un véritable projet politique que d'un chef.

Les actes III, IV et V vont donc se dérouler très vite.

Le Chef de l'Etat vient en effet d'achever son mandat. Hors jeu politiquement, son quinquennat ne va plus désormais que courir sur son erre : OTAN, guerre en Afghanistan, nucléaire iranien, présidence de l'UE, Union pour la Méditerranée, la réalité économique , aussi bien nationale ("Moi, je suis à la tête d'un Etat en situation de déficit, en situation de faillite..." (François Fillon, vendredi 21 septembre 2007) qu'internationale, risque fort en effet de  signifier leur congé aux formations politiques actuelles qui n'en finissent plus de se recomposer pour durer. Plutôt que de se préoccuper des prochaines élections sénatoriales, elles seraient beaucoup plus inspirées de se préparer à accompagner  la France et l'UE à la crise systémique générale dont les signaux s'amplifient.

Elles en sont malheureusement incapables. A leurs yeux, Clochemerle et sa vespasienne sont beaucoup plus intéressants.

Comme l'écrit avec pertinence le Global Europe Anticipation Bulletin dans son communiqué public N° 23 (en date du 15 mars 2008) "la situation est infiniment plus grave que ne peuvent même l'imaginer les dirigeants les plus intelligents (et ils sont peu nombreux). Elle montre à quel point le système financier américain, et derrière lui celui d'une grande partie de la planète, est atteint mortellement. Les banques US n'ont plus d'argent ; c'est aussi simple et dramatique que cela. La contagion va maintenant entrer dans une seconde étape de son développement et va donc bien générer une nouvelle série de faillites bancaires d'ici l'été, comme anticipé dans le GEAB N°20, entraînant la rupture du système financier mondial dans la seconde moitié de 2008."

Météo marine : avis de grand frais.

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25 février 2008

On ne transgresse pas impunément la loi constitutionnelle.

 

 


JORF n°47 du 24 février 2007 page 3354
texte n° 6


LOI_CONSTIT
LOI constitutionnelle n° 2007-238 du 23 février 2007 portant modification du titre IX de la Constitution (1)

NOR:  JUSX0300067L

 

 


Le Congrès a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

   

Article unique En savoir plus sur cet article...


Le titre IX de la Constitution est remplacé par les dispositions suivantes :


« TITRE IX



« LA HAUTE COUR


« Art. 67. - Le Président de la République n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68.
« Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. Tout délai de prescription ou de forclusion est suspendu.
« Les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle peuvent être reprises ou engagées contre lui à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la cessation des fonctions.
« Art. 68. - Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.
« La proposition de réunion de la Haute Cour adoptée par une des assemblées du Parlement est aussitôt transmise à l'autre qui se prononce dans les quinze jours.
« La Haute Cour est présidée par le président de l'Assemblée nationale. Elle statue dans un délai d'un mois, à bulletins secrets, sur la destitution. Sa décision est d'effet immédiat.
« Les décisions prises en application du présent article le sont à la majorité des deux tiers des membres composant l'assemblée concernée ou la Haute Cour. Toute délégation de vote est interdite. Seuls sont recensés les votes favorables à la proposition de réunion de la Haute Cour ou à la destitution.
« Une loi organique fixe les conditions d'application du présent article. »
La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.

 

 

 

 


Fait à Paris, le 23 février 2007.


Jacques Chirac 


   Par le Président de la République :


Le Premier ministre,

Dominique de Villepin

Le garde des sceaux, ministre de la justice,

Pascal Clément

 

Quels sont ces manquements ? Ils sont à mon avis de deux ordres :

-Ceux qui rendent son comportement manifestement incompatible avec l’image et la dignité que revêt la fonction même du Chef de l’Etat.

-Ceux qui relèvent de ce que partout ailleurs on qualifierait d’insuffisance professionnelle, mettant en péril la cohésion, le bien-être , l’intégrité, la sécurité et la prospérité économique et sociale de la République et de

la Nation.

 

 

 

 


(1) Travaux préparatoires : loi n° 2007-238.

Assemblée nationale :

Projet de loi constitutionnelle n° 1005 rectifié ;

Rapport de M. Philippe Houillon, au nom de la commission des lois, n° 3537 ;

Discussion et adoption le 16 janvier 2007.

Sénat :

Projet de loi constitutionnelle, adopté par l'Assemblée nationale, n° 162 (2006-2007) ;

Rapport de M. Jean-Jacques Hyest, au nom de la commission des lois, n° 194 (2006-2007) ;

Discussion et adoption le 7 février 2007.

Congrès du Parlement :

Décret du Président de la République en date du 9 février 2007 tendant à soumettre trois projets de loi constitutionnelle au Parlement réuni en Congrès : adoption le 19 février 2007.


Télécharger le document en RTF Fac-similé

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05 février 2008

Pensée politique et action politique.


Propos tenu par l'Impératrice de Russie, Catherine II, à Denis Diderot, intellectuel, écrivain politique et l'un
des deux pères de l'Encyclopédie, sur la différence entre la pensée politique et l'action politique :


"Vous oubliez, monsieur Diderot, dans tous vos plans de réforme, la différence de nos
deux positions : vous, vous ne travaillez que sur le papier qui souffre tout... tandis que
moi, pauvre impératrice, je travaille sur la peau humaine qui est bien autrement irritable
et chatouilleuse" (vers 1773 ou 1774)


DIDEROT, Denis, Oeuvres politiques, Paris, Garnier Frères, 1963, p. 219.

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04 février 2008

Fraude ou parjure ? Imposture.

La perversion de la Cité commence par la fraude des mots, disait Platon.

Citation de M. Nicolas Sarkozy, 9 mai 2004, Conseil national de l'UMP, Aubervilliers :

« Si l'Europe reste la seule affaire des responsables politiques et économiques, sans devenir la grande affaire des peuples, reconnaissons que l'Europe sera, à plus ou moins brève échéance, vouée à l'échec.
   
Bien sûr, l'Europe doit être au service des peuples, chacun peut le comprendre. Mais l'Europe ne peut se construire sans les peuples, parce que l'Europe, c'est le partage consenti d'une souveraineté et la souveraineté, c'est le peuple. A chaque grande étape de l'intégration Européenne, il faut donc solliciter l'avis du peuple. Sinon, nous nous couperons du peuple.
 
Si nous croyons au projet Européen comme j'y crois, alors nous ne devons pas craindre la confrontation populaire. 

Si nous n'expliquons pas, si nous ne convainquons pas, alors comment s'étonner du fossé qui risque de s'amplifier chaque jour davantage entre la communauté Européenne et la communauté Nationale ? »


La perversion de la cité commence par la fraude des mots.

"Les fondateurs des Religions, sentant bien que la base de leurs impostures était l'ignorance des peuples, s'avisèrent de les y entretenir par l'adoration des images dans lesquelles ils feignirent que les Dieux habitaient; cela fit tomber sur leurs Prêtres une pluie d'or et des Bénéfices que l'on regarda comme des choses saintes, parce qu'elles furent destinées à l'usage des ministres sacrés et personne n'eut la témérité ni l'audace d'y prétendre, ni même d'y toucher."   Vraiment?
(inconnu / Livre des trois imposteurs / chapitre III, parag. VIII / 1721)
 


Nous allons probablement assister aujourd'hui et mercredi prochain, nuitamment, à la trahison patente et assumée, par ses représentants, de la volonté d'un peuple.
 

 

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30 janvier 2008

Le degré zéro de l'Economie. Stupiditas normalis dosim repetitur


Subabsurda dicendo et stulta reprehendo risus moventur. (Cicéron)


En disant de feintes naïvetés et en relevant les sottises des autres on provoque les rires.


Et comment!

              

Madame Ségolène Royal "choquée par le scandale de la Société générale", a demandé vendredi à Chartres " (Désirs d'Avenir ...25/01/2008) que les 7 milliards d'euros soient remboursés aux familles qui sont plongées dans l'endettement".

"Quand les Français ont un compte bancaire excédentaire en début de mois et le terminent à découvert, les pénalités tombent. Les banques s'enrichissent sur le dos des plus modestes. Je demande à ce que les 7 milliards d'euros soient remboursées aux familles qui sont plongées dans l'endettement".

Stupiditas stupiditatum et omnia stupiditas!

Comme l'écrivait Martin Luther King (La Force d'aimer) "Rien n'est plus dangereux au monde que la véritable ignorance et la stupidité."

Madame, je vous en prie, n'en jetez plus. La cour est pleine.

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28 janvier 2008

Un diamant gros comme le Ritz... *

Bienvenue au Pipoland...

 

"Extraits des «Consignes générales» en cas d’audition par la police : «Ne pas reconnaître une quelconque déficience interne, même sous vive pression. Restituer les faits négatifs dans leur contexte, en les noyant dans les faits positifs, en utilisant la complexité technique. Dire : notre organisation est exemplaire. Ne pas dire : des vérifications plus poussées engendreraient des coûts insupportables. Sur la DG, dire : j’estime qu’elle a rempli ses obligations, je réfute tout grief de négligence.»

 

http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/306520.FR.php


* Francis Scott Fitzgerald

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14 janvier 2008

L'insurrection qui vient. Thermomètre. Société. Prospectives?


L'Insurrection qui vient. Le comité invisible (Editions La Fabrique)

128 p./7 euros

ISBN : 2-913372-62-7

"Sous quelque angle qu'on le prenne, le présent est sans issue. Ce n'est pas la moindre de ses vertus. À ceux qui voudraient absolument espérer, il dérobe tout appui. Ceux qui prétendent détenir des solutions sont démentis dans l'heure. C'est une chose entendue que tout ne peut aller que de mal en pis. «Le futur n'a plus d'avenir» est la sagesse d'une époque qui en est arrivée, sous ses airs d'extrême normalité, au niveau de conscience des premiers punks.

La sphère de la représentation politique se clôt. De gauche à droite, c'est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d'après les dernières trouvailles du service communication. Ceux qui votent encore donnent l'impression de n'avoir plus d'autre intention que de faire sauter les urnes à force de voter en pure protestation.

On commence à deviner que c'est en fait contre le vote lui-même que l'on continue de voter. Rien de ce qui se présente n'est, de loin, à la hauteur de la situation. Dans son silence même, la population semble infiniment plus adulte que tous les pantins qui se chamaillent pour la gouverner. N'importe quel chibani de Belleville est plus sage dans ses paroles qu'aucun de nos soi-disant dirigeants dans toutes ses déclarations. Le couvercle de la marmite sociale se referme à triple cran tandis qu'à l'intérieur la pression ne cesse de monter. Parti d'Argentine, le spectre du Que se vayan todos! commence à sérieusement hanter les têtes dirigeantes.

L'incendie de novembre 2005 n'en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d'une décennie pleine de promesses. Le conte médiatique des banlieues-contre-la-République, s'il ne manque pas d'efficacité, manque la vérité. Des foyers ont pris jusque dans les centres-villes, qui ont été méthodiquement tus. Des rues entières de Barcelone ont brûlé en solidarité, sans que nul n'en sache rien que leurs habitants. Et il n'est même pas vrai que le pays ait depuis lors cessé de flamber. On trouve parmi les inculpés toutes sortes de profils que n'unifie guère que la haine de la société existante, et non l'appartenance de classe, de race ou de quartier. L'inédit ne réside pas dans une «révolte des banlieues» qui n'était déjà pas nouvelle en 1980, mais dans la rupture avec ses formes établies. Les assaillants n'écoutent plus personne, ni les grands frères ni l'association locale qui devrait gérer le retour à la normale. Aucun SOS Racisme ne pourra plonger ses racines cancéreuses dans cet événement-là, à quoi seules la fatigue, la falsification et l'omertà médiatiques ont pu feindre de mettre un terme. Toute cette série de frappes nocturnes, d'attaques anonymes, de destructions sans phrases a eu le mérite d'ouvrir à son maximum la béance entre la politique et le politique. Nul ne peut honnêtement nier la charge d'évidence de cet assaut qui ne formulait aucune revendication, aucun message autre que de menace; qui n'avait que faire de la politique. Il faut être aveugle pour ne pas voir tout ce qu'il y a de purement politique dans cette négation résolue de la politique; ou ne rien connaître aux mouvements autonomes de la jeunesse depuis trente ans. On a brûlé en enfants perdus les premiers bibelots d'une société qui ne mérite pas plus d'égards que les monuments de Paris à la fin de la Semaine sanglante, et qui le sait.

Il n'y aura pas de solution sociale à la situation présente. D'abord parce que le vague agrégat de milieux, d'institutions et de bulles individuelles que l'on appelle par antiphrase «société» est sans consistance, ensuite parce qu'il n'y a plus de langage pour l'expérience commune. Et l'on ne partage pas des richesses si l'on ne partage pas un langage. Il a fallu un demi-siècle de lutte autour des Lumières pour fondre la possibilité de la Révolution française, et un siècle de lutte autour du travail pour accoucher du redoutable «État providence ». Les luttes créent le langage dans lequel se dit le nouvel ordre. Rien de semblable aujourd'hui. L'Europe est un continent désargenté qui va faire en cachette ses courses chez Lidl et voyage en low cost pour encore voyager. Aucun des « problèmes» qui se formulent dans le langage social n'y admet de résolution. La «question des retraites », celle de la «précarité », des «jeunes» et de leur «violence» ne peuvent que rester en suspens, pendant que l'on gère policièrement les passages à l'acte toujours plus saisissants qu'elles recouvrent. On n'arrivera pas à enchanter le fait de torcher à vil prix des vieillards abandonnés des leurs et qui n'ont rien à dire. Ceux qui ont trouvé dans les voies criminelles moins d'humiliation et plus de bénéfices que dans l'entretien de surfaces ne rendront pas leurs armes, et la prison ne leur inculquera pas l'amour de la société. La rage de jouir des hordes de retraités ne supportera pas à plat ventre des coupes sombres dans ses rentes mensuelles, et ne peut que s'exciter davantage devant le refus du travail d'une large fraction de la jeunesse. Pour finir, aucun revenu garanti accordé au lendemain d'un quasi-soulèvement ne posera les bases d'un nouveau New Deal, d'un nouveau pacte, d'une nouvelle paix. Le sentiment social s'est bien trop évaporé pour cela.

En fait de solution, la pression pour que rien ne se passe, et avec elle le quadrillage policier du territoire, ne vont cesser de s'accentuer. Le drone qui, de l'aveu même de la police, a survolé le 14 juillet dernier la Seine-Saint-Denis, dessine le futur en couleurs plus franches que toutes les brumes humanistes. Que l'on ait pris le soin de préciser qu'il n'était pas armé énonce assez clairement dans quelle voie nous sommes engagés. Le territoire sera découpé en zones toujours plus étanches. Des autoroutes placées en bordure d'un« quartier sensible» font un mur invisible et tout à fait à même de le séparer des zones pavillonnaires. Quoi qu'en pensent les bonnes âmes républicaines, la gestion des quartiers «par communauté» est de notoriété la plus opérante. Les portions purement métropolitaines du territoire, les principaux centres villes, mèneront dans une déconstruction toujours plus retorse, toujours plus sophistiquée, toujours plus éclatante, leur vie luxueuse. Elles éclaireront toute la planète de leur lumière de bordel pendant que les patrouilles de la BAC, de compagnies de sécurité privées, bref: les milices, se multiplieront à l'infini, tout en bénéficiant d'une couverture judiciaire toujours plus impudente.

L'impasse du présent, partout perceptible, est partout déniée. Jamais tant de psychologues, de sociologues et de littérateurs ne s'y seront employés, chacun dans son jargon spécial où la conclusion est spécialement manquante. Il suffit d'entendre les chants de l'époque, les bluettes de la «nouvelle chanson française» où la petite bourgeoisie dissèque ses états d'âme et les déclarations de guerre de la mafia d'Evry, pour savoir qu'une coexistence cessera bientôt, qu'une décision est proche."

Ce texte est signé d'un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n'en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d'ordre dans les lieux communs de l'époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n'ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont faits les scribes de la situation. C'est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène en bonne logique à la révolution. Il suffit de dire ce que l'on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion.

Continuons.

 

"Chaque secteur spécialisé de la connaissance fait à sa manière le constat d’un désastre. Les psychologues attestent d’inquiétants phénomènes de dissolution de la personnalité, d’une généralisation de la dépression qui se double, par points, de passages à l’acte fou. Les sociologues nous disent la crise de tous les rapports sociaux, l’implosion-recomposition des familles et de tous les liens traditionnels, la diffusion d’une vague de cynisme de masse ; à tel point que l’on trouve dorénavant des sociologues pour mettre en doute l’existence même d’une quelconque « société ». Il y a une branche de la science économique - l’« économie non autistique » - qui s’attache à montrer la nullité de tous les axiomes de la prétendue « science économique ». Et il est inutile de renvoyer aux données recueillies par l’écologie pour dresser le constat de la catastrophe naturelle."

 

"Appréhendé ainsi, par spécialité, le désastre se mue en autant de « problèmes » susceptibles d’une « solution » ou, à défaut, d’une « gestion ». Et le monde peut continuer sa tranquille course au gouffre."

"Le Comité invisible croit au contraire que tous les remous qui agitent la surface du présent émanent d’un craquement tectonique dans les couches les plus profondes de la civilisation. Ce n’est pas une société qui est en crise, c’est une figure du monde qui passe. Les accents de fascisme désespéré qui empuantissent l’époque, l’incendie national de novembre 2005, la rare détermination du mouvement contre le CPE, tout cela est témoin d’une extrême tension dans la situation. Tension dont la formule est la suivante : nous percevons intuitivement l’étendue de la catastrophe, mais nous manquons de tout moyen pour lui faire face. L’insurrection qui vient tâche d’arracher à chaque spécialité le contenu de vérité qu’elle retient, en procédant par cercles. Il y a sept cercles, bien entendu, qui vont s’élargissant. Le soi, les rapports sociaux, le travail, l’économie, l’urbain, l’environnement, et la civilisation, enfin. Arracher de tels contenus de vérité, cela veut dire le plus souvent : renverser les évidences de l’époque. Au terme de ces sept cercles, il apparaît que, dans chacun de ces domaines, la police est la seule issue au sein de l’ordre existant. Et l’enjeu des prochaines présidentielles se ramène à la question de savoir qui aura le privilège d’exercer la terreur ; tant politique et police sont désormais synonymes."

 

"L’insurrection qui vient nous sort de trente ans où l’on n’aura cessé de rabâcher que « l’on ne peut pas savoir de quoi la révolution sera faite, on ne peut rien prévoir ». De la même façon que Blanqui a pu livrer les plans de ce qu’est une barricade efficace avant la Commune, nous pouvons déterminer quelles voies sont praticables hors de l’enfer existant, et lesquelles ne le sont pas. Une certaine attention aux aspects techniques du cheminement insurrectionnel n’est donc pas absente de cette partie. Tout ce que l’on peut en dire ici, c’est qu’elle tourne autour de l’appropriation locale du pouvoir par le peuple, du blocage physique de l’économie et de l’anéantissement des forces de police."


Sombre mais passionnant constat, n'est-ce pas? Il existe pourtant un moyen d'éviter cet avenir  d'épouvante en effectuant d'urgence une prise de consience citoyenne et en affirmant encore, toujours et partout, sans désemparer, un humanisme non dévoyé. C'est la seule solution qui vaille pour prendre la vague et surmonter l'onde de choc. Celle des hommes de bonne volonté qui n'ont pas peur d'affirmer leur confiance dans la richesse de l'autre, qui sont sûrs d'eux, qui sont prêts à prendre la relève, qui ont conscience de ce qu'est l'Etat, qui savent encore ce que signifient les mots d'Honneur, de Patrie, de Valeur et de Discipline. Qui aiment la France.


"Tout l'avenir de la Terre, comme celui de la Religion, me paraît suspendu à l'éveil de notre foi en l'avenir."

Teilhard de Chardin, Lettre à Mme Georges-Marie Haardt


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