Séminaire Franco-Russe

 

Mercredi 14 septembre 2016 - Vendredi 16 septembre 2016

 

Paris

EHESS

 

Deuxième Session

14h30 - 16h00

Présidence

Victor Ivanter IPEN-ASR

 

L’économie russe et le basculement géostratégique

 

 

Renaud Bouchard/ Рено Бушард (CEMI-EHESS)

L’intégration eurasiatique en perspective

Eurasia integration in perspective

Евразийская интеграция в перспективе

Discutant

Boris Porfiryev/ Борис Порфириев IPEN-ASR

 

«To say we have a strategic cooperation is not enough anymore. This is why we have started talking about a comprehensive partnership and strategic collaboration. Comprehensive means that we work virtually on all major avenues; strategic means that we attach enormous inter-government importance to this work».

President Putin Statement / Déclaration du président Poutine - Beijing - Pékin - 25 juin 2016

Central Asia is, at the moment, geographic ground zero for the convergence of the economic urges of China, Russia, and India. It was no happenstance that, on his way to Ufa, Prime Minister Modi of India stopped off in Central Asia.  Like the Chinese leadership in Beijing, Moscow looks forward (as a recent document puts it)[1] to the “interpenetration and integration of the EEU and the Silk Road Economic Belt” into a “Greater Eurasia” and a “steady, developing, safe common neighborhood” for both Russia and China.

Les perspectives d’une intégration eurasiatique sont loin d’être floues même si elles  sont difficiles à mettre en œuvre.S’agissant d’une intégration polycentrique, régionale et continentale, cette intégration met en exergue plusieurs acteurs fondamentaux que sont d’une part la Russie et la Chine en tant qu’entités souveraines et étatiques, et d’autre part l’Union  eurasiatique et les structures sino-russes que représentent le tandem politique et économique de l’OCS, de l’OBOR et les outils financiers associés dont l’AIIB.On a donc affaire à un outil parfaitement élaboré à l’issue d’une évolution géopolitique, géoéconomique et géofinancière qui détermine les perspectives de l’intégration eurasiatique, devenue le projet continental majeur de cette première partie du XXIè siècle.

Voir aussi:

http://russeurope.hypotheses.org/5250

 

 

Sommaire

Introduction

La concrétisation réussie d’un projet majeur

Géoéconomie

Première Partie : un constat

I-Un repositionnement d’intérêts géoéconomiques entre la Chine et la Russie

II- Quelles  articulations et quels projets d’intégration régionale et continentale entre l’union économique eurasienne et l’OBOR/SREB ?

III-L’intégration eurasiatique en perspective

Persévérance et succès de l’intégration eurasiatique

Défauts, faiblesses et confrontation à la réalité

Deuxième partie : des réalisations effectives

I-Politiques d’intégration commerciale : le difficile équilibre entre collaboration et concurrence

II- Transports et logistique intracontinentale : vers un « hub » de transit centrasiatique

III-Infrastructures de transport d’hydrocarbures : géopolitique et géoéconomie des tubes

IV- Sécurité, géopolitique et menaces extérieures

Conclusion et perspectives

 

Introduction

La concrétisation réussie d’un projet majeur

Avec l’instauration d’une union douanière et d’un espace économique euro-asiatique, l’intégration eurasiatique a trouvé avec l’union économique eurasiatique le moyen de créer une organisation économique et politique à l’image de l’union européenne. Véritable cauchemar des Etats-Unis[2] et mise en pièce de la vision géopolitique autrefois théorisée par Z. Brzezinski[3], par-delà les grandes envolées relatives à l’impact des systèmes qui donnent désormais sa spécificité à l’Union Eurasienne (UEurAs), tels l’OBOR, la SCO, l’AIIB, la BRICS Bank, la partie la plus discrète et pourtant probablement la plus importante demeure l’EUU et le point nodal qu’elle représente sur les plans géopolitiques, économiques, financiers et stratégiques. S’agissant d’Asie centrale, d’Eurasie, d’Union Eurasienne, l’acteur principal demeure malgré tout la Fédération de Russie, point nodal là encore et passage obligé pour les « stans », Kazakhstan au premier chef, l’Europe, le Moyen-Orient avec un « axe » Turquie-Iran, la Chine et l’Asie du Sud avec l’entrée de l’Inde et du Viet-Nam.

« Dans le cas de l’Union Eurasienne (UEurAs), et ce contrairement à l’Union européenne, l’intégration procède de la coopération multilatérale, et non de la constitution d’instances décisionnelles supranationales ». (J. Sapir). Cette caractéristique propre à l’UEurAs diffère de l’approche continentale que représente cette autre union eurasiatique (sino-russe, dans laquelle l’Union européenne revient en tant que partenaire obligé) que représente la SREB (the Chinese Silk-Road Economic Belt).Il importe peu de restreindre la « conception eurasiatique » à l’idéologie seule ou à l’espace post-soviétique dans la mesure où l’intégration continentale eurasiatique – en tant que coopération mutuelle des économies et des sociétés de l’Europe et de l’Asie à l’échelle du continent eurasiatique entier – est devenue intangible[4].

Mais de quelles perspectives parle-ton et pour quel type d’intégration ?L’inquiétude est en effet présente avec la crainte de voir naître une zone de libre échange repeinte aux couleurs de l’OCS, objectif que ne partage pas exactement la Russie à la différence de la Chine dans ce « pré carré » stratégique que représentent pour la Russie les états d’Asie centrale.

« So far the arguments proposed in favor of the OBOR make it clear that it is a sort of « rebranded » SCO free trade zone, which was proposed by China and rejected by Russia and the Central Asian states, with the major goal being to create the most favorable conditions for China’s goods and services on the markets of central Asia, Russia, the Middle-East and further in Europe.This may be the main reason why, in spite of the publically endorsement of the OBOR and numerous assurances of the political willingness to participate into its practical realization, the experts, including those from China, are rather cautious about its perspectives. »[5]

C’est qu’il s’agit bien en réalité de souveraineté avec une intégration eurasienne prise entre deux poids-lourds[6] et à laquelle s’agrège malgré tout l’Union européenne et désormais une fraction de celle-ci avec le Royaume-Uni « post-Brexit ».

Géoéconomie

http://iwep.kz/files/attachments/article/2015-11-16/report_geo-economics_of_eurasia.pdf

Comme l’écrivent très finement Nataliya A. Vasilyeva et Maria L. Lagutina dans leur ouvrage intitulé : The Russian Project of Eurasian Integration Geopolitical Prospects : «  Modern trends in geopolitics have raised serious questions about the future global and regional architecture of the world system. In the case of the Eurasian Economic Union, these questions bring up important issues for debate: What is the Eurasian Economic Union? What theoretical concepts could be applied for modern Eurasian integration? Why is the Eurasian Economic Union forming? Most importantly, what prospects does this Union have in the framework of the modern geopolitical situation? Exploring the process of Eurasian integration in the modern global world involves considering that the creation of the Eurasian Economic Union has become a topical issue in modern Russian foreign policy. Neo-Eurasianist ideas can be viewed as a geopolitical basis and rationale for the Eurasian Economic Union that may constitute an integrational structure, consolidating the post-Soviet area and neighboring regions. Eurasia is a region representing an organic integrity due to close mentality, common and centuries-long history, common language of international communication, a multitude of economic ties, and an identical level of technological development across all countries within the post-Soviet area. Yet, advancement of the Eurasian integration idea into practical implementation should have new objective suppositions as well. These are defined by the contemporary economic, political, and geopolitical processes in this new post-Soviet space. »[7]

Première Partie : un constat

I-Un repositionnement d’intérêts géoéconomiques entre la Chine et la Russie

Union économique eurasiatique et OBOR (SREB et MSR).

Où l’on voit que la stratégie d’intégration eurasienne mise en place par la Chine interagit avec l’Union économique eurasiatique dans un contexte à dominante géoéconomique où chaque puissance réajuste ses atouts et faiblesses réciproques tout en protégeant ses intérêts majeurs.[8]

La montée en puissance des projets de coopération économique est cependant révélatrice de la disparité de moyens financiers dont dispose chacun des partenaires au point de réduire les marges de manœuvre de la Russie en Asie centrale. Principalement réduite à son rôle de fournisseur de matières premières à son voisin chinois, la Russie s’est inscrite dans des accords commerciaux de partenariat stratégique économique qui semblent promettre beaucoup plus qu’ils n’apportent compte tenu des propres difficultés économiques que rencontre actuellement la Chine. Avec l’accord de fourniture en hydrocarbures signé au mois de mai 2014 portant approvisionnement de la Chine par la Russie pour un montant de 400 milliards de dollars sur une période de 30 ans, la Russie est entrée de plain-pied dans un processus d’investissements financiers et industriels qui couvrent aussi bien l’énergie que l’extraction minière et la métallurgie. Si les deux pays peuvent ainsi légitimement se féliciter des accords commerciaux signés lors du dernier sommet de Pékin le 26 juin 2016 et qui matérialisent des prises de participations chinoises dans de très nombreux projets russes aussi bien dans le secteur pétrolier que le secteur pétrochimique, il n’en demeure pas moins que malgré l’importance de leur montant – 50 milliards de dollars –, la concrétisation de ces accords est encore à venir, car désormais soumise à un contrôle plus suivi de l’attribution des permis d’investissement et d’exploitation délivrés par la Russie. La mise en œuvre du projet majeur d’approvisionnement en gaz de la Chine à partir de la Sibérie orientale (« Power of Siberia »), gazoduc en construction qui ne sera pas opérationnel avant 2020, constitue un baromètre révélateur de la double compétition-coopération russo-chinoise dans la mesure où demeurent encore en suspens les discussions relatives aussi bien aux modalités et au calendrier de livraison du gaz transporté qu’aux conditions d’ingénierie (répartition des ingénieurs et techniciens chinois et russes) qui seront mises en place. Il en va de même pour le projet de gazoduc en provenance de l’Altaï en Sibérie occidentale (« Power of Siberia 2 »). Le calendrier semble être en faveur de la Chine dans la mesure où celle-ci dispose actuellement de sources d’approvisionnement aussi bien avec le gaz naturel liquéfié (GNL/LNG) en provenance du Qatar qu’avec le système de gazoducs en provenance d’Asie centrale. Restreinte dans ses capacités financières qui l’empêchent de jouer pleinement le rôle d’intégrateur auquel elle aspire en Asie centrale et notamment auprès du Kazakhstan, la Russie demeure donc très vigilante quant au devenir des accords multilatéraux proposés à des pays que leur fragilité industrielle rend eux-mêmes très prudents.

La puissance financière illimitée que sous-tend la montée en régime de l’initiative chinoise OBOR (SREB et future Route Maritime de la Soie pour le XXIè siècle) dans la compétition comme dans la coopération industrielle et économique sino-russe semble initier un processus de déséquilibres que l’on retrouve dans des domaines majeurs auxquels la Russie ne peut que souscrire sinon acquiescer et qui sont révélateurs de faiblesses préoccupantes. L’exemple patent est représenté par la mise en place de la banque asiatique d’infrastructures et d’investissements (AIIB), initiative principalement chinoise accueillie avec succès et apparue après les réticences que la Russie avait initialement manifestées lors du projet de création d’une banque de développement au sein de l’organisation de coopération de Shanghaï (SCO Development Bank).[9] L’enjeu était en effet de taille pour la Russie si l’on considère que la Chine se proposait de doter l’OSC qui regroupe outre la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, d’une banque construite sur le modèle de la Banque mondiale ou du FMI et dont le capital comme sa répartition, proportionnels à la taille des économies des pays membres, lui aurait ainsi laissé une part majeure tout en concurrençant sérieusement l’Eurasian Development Bank, outil financier russe dans lequel Moscou proposait plutôt d’ouvrir le capital à son partenaire chinois.La Russie ayant entre-temps manifesté sa volonté de créer cette banque plutôt que de s’aliéner des Etats prêts à céder aux offres chinoises, la SCO Development Bank sera officialisée le 16 septembre 2016.

S’agissant de la pénétration chinoise et asiatique en Asie centrale et du moins-disant financier qui gêne la Russie dans sa coopération énergétique avec les pays d’Asie centrale, on observera que la coopération énergétique avec le Turkménistan est au point mort, que celle avec le Kazakhstan est en constante diminution, et que si l’Ouzbékistan exporte principalement son gaz à la Russie, la Malaisie et la Corée du Sud ont fait leur entrée dans le secteur de l’énergie tout comme la Chine dans la partie turkmène du pipeline reliant le Turkménistan à la Chine. Qu’il s’agisse de la grande Asie centrale ou de la partie eurasiatique, la pénétration chinoise prend une toute autre dimension avec le projet dont la Russie est absente du corridor économique Chine-Pakistan qui aura pour effet de rapprocher l’Asie du Sud, l’Inde et l’Asie du Sud-Est de l’Asie centrale et donc de la Chine.

II- Quelles  articulations et quels projets d’intégration régionale et continentale entre l’union économique eurasienne et l’OBOR/SREB ?

Enpartant de la constatation somme toute établie que l’intégration eurasiatique est impulsée autant par la Russie que par la Chine avec des moyens financiers différents, le point de rencontre étant l’Asie centrale, il reste que s’agissant des perspectives de développement de l’union économique eurasienne et de l’OBOR/ SREB, ce sont précisément les différences qui caractérisent ces deux projets aussi bien dans leur constitution, leur fonctionnement, leurs objectifs, qui les rendent complémentaires et susceptibles de réussir grâce au rôle d’intermédiaire continental que joue la Russie entre l’Europe et la Chine.

La question des infrastructures à l’échelle continentale étant précisément en passe d’être réglée avec la mise en œuvre des initiatives des différentes Routes de la Soie revisitées sous les vocables et programmes One Belt – One Road et Silk Road Economic Belt (OBOR/ SREB) grâce au moteur chinois et désormais à la coopération sino russe, quelles perspectives s’ouvrent désormais à l’union économique eurasienne (Eurasian Economic Union/ EEU) ?[10]

L’articulation qui préside au fonctionnement de l’union économique eurasienne et de la SREB tient à l’essence des deux projets qui diffèrent fondamentalement aussi bien dans leurs structures que dans leurs buts respectifs.[11] L’union économique eurasienne se présente sous la forme d’un accord d’intégration régionale signée par cinq pays membres (Biélorussie, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan et Arménie), alors que la SREB n’est pas une organisation au sens politique et intégré du terme. Il s’agit en effet d’une entité dont l’activité est principalement orientée vers la mise en place et le financement d’infrastructures (transports, voies de communication, électrification, oléoducs et gazoducs) ainsi que de plates-formes de dialogue et de coopération entre différents acteurs associés. S’agissant précisément du financement de ces projets, la SREB s’est dotée d’un réseau d’institutions financières telles que la banque d’infrastructures et d’investissements, un fonds spécifique ainsi que la banque de développement des Brics (Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), the Silk Road Fund and the New Development Bank of the BRICS). A la différence de l’union économique eurasiatique dont on attend que tous les membres unissent leurs efforts dans une stratégie commune pour la réalisation des programmes choisis, le fonctionnement de la SREB s’apparente quant à lui beaucoup plus à celui d’un régionalisme ouvert proche de celui de l’APEC.[12] Les rencontres et discussions techniques régulières conduites sous l’égide de la commission économique eurasienne (Eurasian Economic Commission) favorisent l’élargissement comme l’approfondissement de la coopération économique entre la Russie, les pays d’Asie centrale et la Chine. Il apparaît ainsi que la partie russe plus attachée à un certain protectionnisme marque sa préférence pour les projets en matière d’infrastructures et d’investissements beaucoup plus sous la forme de couloirs économiques que de zones de libre-échange lesquelles correspondent à la pratique plus expansionniste de la SREB. On assiste ainsi à une convergence sinon à une articulation de pratiques propres à deux systèmes unis par des contraintes et des objectifs aussi bien géopolitiques que géoéconomiques.

III-L’intégration eurasiatique en perspective

La modernisation et la puissance économique auraient-elles changé de camp ? C’est bien à cette question que renvoie l’importance de la coopération économique sino-russe comme de ses structures et des instruments dont elle s’est dotée. Si l’interrogation vaut pour l’union européenne quelque peu perturbée par son attitude et les sanctions économiques qu’elle adopte face à la Russie tout en tentant de privilégier la Chine, la même interrogation vaut pour deux autres pays qui, tout en étant séduits par le processus d’intégration que leur offrent respectivement la Russie et la Chine, n’en demeurent pas moins très jaloux de leur indépendance : le Kazakhstan et la Mongolie. Équilibres difficiles, donc, puisque à des échelles différentes d’ordre régional et continental, chaque pays et chaque puissance de l’entité eurasiatique et sino-russe est obligé de développer des stratégies spécifiques pour éviter aussi bien de se faire absorber dans un enjeu concurrentiel avec la Russie et la Chine (cas des pays de l’union eurasienne) ou de courir le risque de se faire absorber par la Chine tout entière (cas de la Russie). Deux approches se font ainsi concurrence avec, d’une part, une Russie qui demeure malgré tout très favorable à une intégration de l’Union économique eurasienne, bloc économique et politique demeuré dans le périmètre de son « étranger proche » et dans laquelle elle occuperait et exercerait une position comme une influence prépondérantes, et d’autre part une Chine dont les ambitions géopolitiques sont très claires malgré une volonté affichée de nuancer toute tentation hégémonique vis-à-vis de ses déjà alliés, partenaires ou futurs associés.[13]

Persévérance et succès de l’intégration eurasiatique

Pareil au lancement réussi d’un engin spatial, l’EUU a franchi ave succès les différentes étapes de sa création jusqu’à atteindre une vitesse de croisière.Vers quel cap ?

-Un outil adapté au projet

-Un élargissement réussi

-Des structures opérationnelles

-Une feuille de route précise pour des objectifs de développement précis

-Plénitude de négociation

Défauts, faiblesses et confrontations à la réalité

-Différences géopolitiques et géoéconomiques

-Souveraineté politique et souveraineté économique, les réticences aux transferts

-Maladie infantile des barrières tarifaires

-Le poids des compromis consentis par la Russie

-Faiblesse des investissements directs mutuels

-Fragilité de la solidarité entre les membres de l’UEE

Perspectives de l’UEE : le voisin chinois et l’OBOR

-La lutte contre un voisin trop présent, protection des marchés intérieurs et  mesures anti-dumping

-Un futur problématique

OBOR et intégration eurasiatique

OBOR et Union eurasiatique (EUU)

OBOR et UE

Deuxième partie : des réalisations effectives

Au sortir d’une longue éclipse, le retour de l’Eurasie sur la scène mondiale est la résultante non pas tant d’une géopolitique que d’une géoéconomie à l’échelle continentale. Avec la revitalisation d’anciennes routes commerciales, la création de nouvelles alliances économiques, la montée en puissance de nouveaux acteurs politiques dotés de richesses naturelles et de capacités financières quasi-illimitées, l’Asie centrale constitue le point nodal eurasiatique. En déployant sa puissance économique vers l’ouest dans le cadre d’une alliance avec la Russie, la Chine a initié un mouvement d’intégration de trois pôles économiques Eurasiens : Chine, Russie, Europe, avec de manière inéluctable une ouverture vers l’Asie du Sud.

En annonçant dès 1990 dans un article fondateur « l’avènement d’un nouvel ordre international dans lequel l’arme économique remplacerait l’arme militaire comme instrument au service des Etats dans leur volonté de puissance et d’affirmation sur la scène internationale », E. Luttwack a introduit avec la géoéconomie un concept « qui témoigne de l’entrée en force des questions économiques – notamment sous leur angle commercial mais pas uniquement –, dans l’agenda de la géopolitique mondiale. »[14] Dans une Eurasie et une Asie centrale où des puissances continentales (Chine-Russie-Europe-Turquie-Iran-Inde) se déploient dans de nouveaux champs de manœuvre, l’approche géoéconomique constitue la grille de lecture idéale des perspectives de l’intégration eurasienne.

Cinq domaines d’activité déterminent les développements futurs de l’Asie centrale ainsi que les perspectives de transformation de l’Eurasie dans une intégration continentale, soit successivement : les régimes d’intégration commerciale, les transports et la logistique, les infrastructures de transport d’hydrocarbures, les dispositifs de sécurité, les questions relatives à la stabilité économique et politique internationale des pays de l’Asie centrale.

I-Politiques d’intégration commerciale : le difficile équilibre entre collaboration et concurrence

L’année  2015 a été marquée par la succession de deux événements majeurs d’ordre géoéconomique :

-d’une part, l’entrée en vigueur de l’Union Economique Eurasienne (EEU) le 1er janvier 2015 et la mise en place par la Chine de la stratégie économique dite « One Belt-One Road » (OBOR) recouvrant les deux projets de développement asiatique bâtis en référence à l’ancienne Route de la Soie reliant la Chine à l’Occident et dénommés The Silk Road Economic Belt (SREB) pour sa version terrestre et The 21st Century Maritime Silk Road pour sa version maritime vers l’océan Indien,[15]

-d’autre part, la signature le 8 mai 2015 à Moscou par les présidents chinois et russe Xi Jinping et V.Poutine, de la déclaration d’intégration de  l’Union Economique Eurasienne (EEU) dans les projets de la Silk Road Economic Belt (SREB).[16]

Aussi séduisant soit-il en décidant de la mise en place conjointe d’un « espace économique commun » en Eurasie ainsi que d’une zone de libre-échange entre l’Union économique eurasienne et la Chine avec à la clé la réalisation de projets d’infrastructure intercontinentale à caractère essentiellement logistique, l’accord précité n’en présente pas moins de sérieuses difficultés à surmonter. Qu’il s’agisse de l’approfondissement du projet, de l’élaboration de plates-formes de décision, de la mise en place de groupes de travail tant politiques que techniques, des négociations avancées comme du suivi des décisions consécutives aux choix arrêtés par l’UEE et la SREB, pareille perspective se doit préalablement de disposer du temps suffisant pour mener à bien des entretiens multilatéraux beaucoup plus complexes que de simples accords bilatéraux. La difficulté est encore accrue par la composition et la nature même des deux structures d’intégration précitées avec l’UEE qui bénéficie de son côté des avantages attachés à une organisation politiquement et économiquement identifiée dans un cadre légal et administratif, avec des règles précises déterminées et respectées par ses membres, et la SREB, entité pour sa part beaucoup plus floue et  plus souple, attachée à une politique de projets pour lesquels elle dispose de capacités de financement illimitées. Entre une SREB affichant une approche de mondialisation continentale et une UEE à vocation plutôt régionale, la réussite des projets respectifs repose donc sur un équilibre diplomatique délicat de complémentarité pour lequel le complet achèvement des projets nationaux des pays d’Asie centrale - Nurly Zohl au Kazakhstan[17], Silk Road en Mongolie -, n’est pas sérieusement envisageable sans la solidité des infrastructures de développement décidées et mises en place par le moteur chinois de la SREB.

Il se trouve par ailleurs que les projets comme les modalités d’intégration de la SREB avec les pays de l’EUU manquent de précision et tendent à privilégier les pays d’Asie centrale sans tenir vraiment compte d’autres pays membres tels que l’Arménie, la Biélorussie, mais aussi la Russie. À ces difficultés s’ajoutent encore celles qui tiennent au fait que le cadre institutionnel, économique et financier élaboré par l’UEE (circulation des capitaux et des marchandises, remises des travailleurs, services, emplois) devient difficile à mettre en place pour les pays non membres de l’union eurasienne qui sont de facto entrés dans la zone d’influence de la SREB (Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan, Mongolie) en raison de leurs faiblesses économiques respectives et que ces mêmes faiblesses ont écartés d’une intégration dans l’UEE.

II- Transports et logistique intracontinentale : vers un « hub » de transit centrasiatique

La construction d’infrastructures gigantesques à l’échelle continentale de l’Eurasie est à n’en pas douter la grande affaire du XXIe siècle. Comme l’écrivent les auteurs et analystes détaillant les paramètres géoéconomiques de l’Eurasie étudiés dans le rapport de l’Astana Club de 2015[18], le destin de l’Eurasie en tant qu’espace spécifique dépend de ses communications dans la mesure où d’une part le commerce qui s’effectue par voie terrestre est promis à un très large développement et où d’autre part les parties orientales et occidentales du continent eurasiatique représentent deux des plus grandes économies mondiales : celles de l’Union européenne et de la Chine. C’est là précisément la raison pour laquelle l’Asie centrale est promise à devenir ce « hub » eurasiatique avec le passage de ces routes de transit et des corridors de communication. Si à l’heure actuelle trois grande zones sont susceptibles de relier la Chine et l’Europe en passant par l’Asie centrale, il n’est pas exclu que trois programmes de communication soient retenus :

Une route du Nord qui traverse le territoire du Kazakhstan et celui de la Russie, le point de départ terrestre continental vers l’Occident étant Urumtsi dans la « région autonome » ouïgour du Xinjiang, le point de départ maritime étant dans le Jiangsu sur la côte orientale chinoise avec le port de Lyanyungang.

Une deuxième route traversant le Kazakhstan et rejoignant Aktau et Bakou par la Mer Caspienne, la Géorgie, la mer Noire et la Turquie.

Une troisième route traversant le Kazakhstan et le Turkménistan, à destination de l’Iran et de la Turquie, distribuant au passage une voie ferrée vers le Kirghizistan, Tadjikistan, l’Ouzbékistan à destination là encore de l’Iran et de la Turquie.

III-Infrastructures de transport d’hydrocarbures : géopolitique et géoéconomie des tubes

A la géopolitique des tubes s’ajoute désormais la géoéconomie des pipe-lines en provenance d’Asie centrale. La force de l’Eurasie tient en effet à son considérable capital en matières premières, ressources minérales (629000 tonnes d’uranium, réserves prouvées pour le seul Kazakhstan, soit 12% des réserves mondiales, avec une production annuelle de 22500 tonnes d’uranium, soit 38% de la production mondiale) et principalement à ses ressources en énergies fossiles. Les pays d’Asie centrale présentent en effet un capital en hydrocarbures estimé 48 milliards de barils de pétrole (soit 3,8% des réserves mondiales) et 12000 milliards de m3 de gaz (-,8% des réserves mondiales). Malgré la redéfinition des modalités d’exploitation, de transit et de transport dont bénéficiait la Russie jusqu’en 1990 et qui lui permettait d’avoir la haute main sur les hydrocarbures en provenance d’Asie centrale à destination de l’Europe, la Russie qui avait su jusqu’alors conserver son monopole de transit avec son système de pipe-lines propres à l’Asie centrale (du champ pétrolier Kazakh de Tengiz à la mer Noire) a vu sa position remise en cause successivement en 2000 avec le réseau de pipe-line Atasu-Alashankou fournissant désormais la Chine en pétrole comme en gaz à partir du Kazakhstan, et en 2009 à partir du Turkménistan, toujours à destination de la Chine avec comme pays de transit l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Si pour l’heure les menaces que pourraient représenter les projets de réseaux Trans-Caspienne reliant le Turkménistan à l’Azerbaïdjan pour rejoindre le système Bakou – Tbilissi – Erzeroum, ou encore le réseau Turkménistan – Afghanistan – Pakistan – Inde (TAPI), sont en suspens du fait des incertitudes politiques comme des conflits armés , on mesure à quel point la fourniture comme le transport d’hydrocarbures en provenance d’Asie centrale représente une perspective de choix pour l’intégration eurasiatique. Un principe de réalité vient toutefois nuancer le tableau avec les incertitudes qui pèsent sur le marché international des hydrocarbures, le ralentissement de la croissance économique chinoise, ou encore la concurrence aussi bien entre producteurs d’Asie centrale que de la Russie.

IV- Sécurité, géopolitique et menaces extérieures

L’intérêt que suscite l’Asie centrale en tant qu’enjeu géopolitique et désormais géoéconomique des grandes puissances continentales extra continentales prend désormais en compte les nouveaux paramètres générés par l’irruption sur la scène internationale des puissances étatiques et économiques nouvelles que représentent l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite dans un proche et Moyen-Orient en conflits ouverts ou de basse intensité. Qu’il s’agisse de conflits religieux, de terrorisme sur fond d’islam politique, de guerres de prédation sur des ressources naturelles (hydrocarbures, eau), l’ensemble de ces menaces a révélé l’union eurasienne à la nécessité d’assurer sa sécurité, de se défendre et de se protéger contre la survenance de dangers autant intérieurs qu’extérieurs. La version modernisée d’un nouveau « Grand Jeu » motivé par la nécessité primordiale que rencontrent autant la Russie et la Chine que l’Asie centrale d’assurer leur sécurité a conduit à l’établissement de deux entités spécifiques, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (The Collective Security Treaty Organization, créée le 7 octobre 2002 et regroupant la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan), d’une part, et l’Organisation de la Coopération de Shanghaï (OCS-Shanghaï Cooperation Organization) d’autre part. Fondée le 15 juin 2001 par la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’OCS, qui à l’occasion du sommet de Tashkent des 23 et 24 juin 2016 a entériné la candidature d’adhésion de l’Inde et du Pakistan qui sera effective en 2017 avant que de s’ouvrir très probablement à d’autres pays du Sud ou du Caucase, est en train d’ajouter une dimension économique à sa dimension militaire initiale.L’objectif est très simple, qui ouvre à l’Eurasie un processus de consolidation et d’intégration dans lequel la Chine, la Russie mais aussi l’Asie centrale trouvent matière pour la partie chinoise à garantir la sécurité comme la pérennité de ses investissements et pour la partie russe à conserver sur le plan militaire une stabilité de l’Asie centrale en assurant la protection de ses frontières sur le flanc sud.

S’agissant précisément de stabilité, l’intégration eurasienne et plus particulièrement celle de cette même Asie centrale sont conduites à faire face aux menaces de déstabilisation intérieure consécutives aux disparités de développement économique et social. D’où les programmes de développement socio-économique et les investissements autres que ceux ayant pour objet les seules ressources minérales comme les matières premières. Le mélange explosif que représente l’extrémisme religieux alimenté sinon exacerbé par les problèmes économiques et sociaux a en effet pour terrain les 66,5 millions d’habitants qui peuplent l’Asie centrale, la moitié vivant en Ouzbékistan avec un PIB par tête de 1867 $ par an, 903 $ pour le Tadjikistan, le Kazakhstan étant le seul pays a afficher un PIB par tête annuel de 12 500 $.

Conclusion en forme de perspectives

L’obligation pour l’Eurasie, au moins pour sa partie russe, de s’ouvrir à une restauration de l’allié européen ?

From the perspective of Russia’s interest, we need to admit that, due to Russia’s economic and technological weakness as well as Chinese economic dominance, Russia cannot be a leading player in China’s SREB project. It seems that the vast majority of infrastructure projects within the SREB framework will be built by Chinese businesses and funded through Chinese investments. In specific instances these projects could even result in Chinese contractors choosing to bring their own equipment or engineering service-providers, thus demonstrating China’s unwillingness to make concessions in favour of Russia.

Due to the increasing imbalance in the economic capabilities of Russia and China, the currently proposed formula of Russian resources in exchange for Chinese investments could ultimately hurt relations between Moscow both the economic and cultural spheres of the partnership. In order to avoid the error of becoming too reliant on one country as its only significant partner, Russia needs also to reset a constructive dialogue with the West and to enhance cooperation with other allies in the Asia Pacific region.

Annexes 

 

 

 

TD architects, “the Iron Silk Road,” Mapping Cultural Space Across Eurasia, http://eurasia.cga.harvard.edu/items/show/964

James Kynge,How the Silk Road plans will be financed Not all projects are driven by commercial logic, FT,May 9,2016 https://www.ft.com/content/e83ced94-0bd8-11e6-9456-444ab5211a2f

Najmeh Bozorgmehr, First freight trains from China arrive in Tehran-Land route takes just 14 days compared with 45 by sea FT,May 9, 2016 https://www.ft.com/content/e964a78e-0bd8-11e6-9456-444ab5211a2f

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 1) Moscow-Kazan high-speed railway A China-led consortium last year won a $375m contract to build a 770km high-speed railway line between Moscow and Kazan. Total investment in the project — set to cut journey time between the cities from 12 hours to 3.5 hours — is some $16.7bn.

2) Khorgos-Aktau railway In May last year, Kazakhstan’s President Nursultan Nazarbayev announced a plan to build — with China — a railway from Khorgos on the Chinese border to the Caspian Sea port of Aktau. The scheme dovetails with a $2.7bn Kazakh project to modernise its locomotives and freight and passenger cars and repair 450 miles of rail.

3) Central Asia-China gas pipeline The 3,666km Central Asia-China gas pipeline predated the new Silk Road but forms the backbone of infrastructure connections between Turkmenistan and China. Chinese-built, it runs from the Turkmenistan/Uzbekistan border to Jingbian in China and cost $7.3bn.

4) Cental Asia-China gas pipeline, line D China signed agreements with Uzbekistan, Tajikistan and Kyrgyzstan to build a fourth line of the central Asia-China gas pipeline in September 2013. Line D is expected to raise Turkmenistan’s gas export capacity to China from 55bn cu m per year to 85bn cu m.

5) China-Kyrgyzstan-Uzbekistan railway Kyrgyzstan’s prime minister Temir Sariev said in December that the construction of the delayed Kyrgyz leg of the China-Kyrgyzstan-Uzbekistan railway would start this year. In September, Uzbekistan said it had finished 104km of the 129km Uzbek stretch of the railway.

6) Khorgos Gateway Khorgos Gateway, a dry port on the China-Kazakh border that is seen as a key cargo hub on the new Silk Road, began operations in August. China’s Jiangsu province has agreed to invest more than $600m over five years to build logistics and industrial zones around Khorgos.

Copyright The Financial Times Limited 2016. All rights reserved.

 

 

 

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That accounts for no less than the intersection of the EEU with the Chinese-driven One Belt, One Road (OBOR); the Shanghai Cooperation Organization (SCO); the Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB); the BRICS’s New Development Bank (NDB); and of course all this part of the Big Picture footprint of the Russia-China strategic partnership.

 

 

 



[1] Valdaï Discussion Club."Toward the Great Ocean – 3: Creating Central Eurasia". The Silk Road Economic Belt and the priorities of the Eurasian states’ joint development, Moscow, June 2015, http://valdaiclub.com/publications/reports/toward_the_great_ocean_3_creating_central_eurasia/

 

[3] Zbigniew Brzezinski, "A Geostrategy for Eurasia," Foreign Affairs, 76:5, September/October 1997. Copyright 1997 Council on Foreign Relations Inc. http://www.freerepublic.com/focus/news/1254548/posts

 

[4] Léonid Dratchevskiy, "L’idéologie eurasiatique ne peut pas être formée dans les cabinets."Intervention au colloque de l'IDC et de l'université La Sapienza, Rome, 3-4 décembre 2013, http://www.idc-europe.org/fr/-L-ideologie-eurasiatique-ne-peut-pas-etre-formee-dans-les-cabinets-

 

[5] Ма Лили, Жэнь Баопин. Eds., 2014. Сичжоу чжи лу цзинцзи дай фачжань баогао. (Доклад о развитии Экономического пояса на Шелковом пути). Пекин: Чжунго цзинцзи чубаньшэ. (Ma Lili, Jen Baolin., Rapport sur le développement de la ceinture économique le long de la Route de la Soie). Pékin : Zhongguo chubanshe Jinji .  Cité par Konstantin Syroezhkin, Transport Corridors in Eurasia : Economy or Geopolitics, Central Asia’s Affairs, QUARTERLY ANALYTICAL REVIEW 2 (58)/2015, p.16

[6] Mathieu Duchâtel, François Godement, Kadri Liik, Jeremy Shapiro, Louisa Slavkova, Angela Stanzel & Vessela Tcherneva - 07th June, 2016 - Eurasian integration: Caught between Russia and China, European Council on Foreign Relations, http://www.ecfr.eu/article/essay_eurasian

 

[7] Nataliya A. Vasilyeva and Maria L. Lagutina, The Russian Project of Eurasian Integration Geopolitical Prospects, Lexington Books, September 2016

 

[8] Robert M. Cutler,Putin-Xi meeting underlines Russian weakness faced with China's geoeconomics strategy, August 28th, 2016, The CACI Analyst, http://www.cacianalyst.org/publications/analytical-articles/item/13390-putin-xi-meeting-underlines-russian-weakness-faced-with-chinas-geoeconomics-strategy.html

 

[9] Chris Rickleton, By Opposing SCO Development Bank, Is Russia Biggest Loser?, Inside the Cocoon Central Asia Today, Eurasianet .org, http://www.eurasianet.org/node/72701

 

 

[10] Alexander Libman, Linking the Silk Road Economic Belt and the Eurasian Economic Union: Mission Impossible?Caucasus International, Jul 25,2016 http://cijournal.az/post/linking-the-silk-road-economic-belt-and-the-eurasian-economic-union-mission-impossible-alexander-libman

 

[11] Dragneva, R. and Wolczuk K. (2015) ‘European Union Emulation in the Design of Integration’, in Lane, D., and Samokhvalov V. (eds.) The Eurasian Project and Europe: Regional Discontinuities and Politics. Basingstoke: Palgrave, pp. 135-152; Furman, D., and Libman A. (2015) ‘Europeanization and the Eurasian Economic Union’, in Dutkiewicz, P., and Sakwa R. (eds.) Eurasian Integration – The View from Within . Abingdon: Routledge, pp. 173-19

 

[12] Lehmacher, W. and Padilla-Taylor V. (2015) ‘The New Silk Road – Idea and Concept’ ISPSW Strategy Series No. 390

Bergsten, C.F. (1997) Open Regionalism. World Economy, 20(5), 545-565.

 

[13] Suisheng Zhao, Josef Korbel,  China and the Evolving World Order: A Stakeholder or a Revolutionary Power? School of International Studies, University of Denver, The Asan Forum, Online ISSN 2288-5757 July - August 2016 Vol.4, No.4 http://www.theasanforum.org/china-and-the-evolving-world-order-a-stakeholder-or-a-revolutionary-power/

 

[14] Cité par Lorot Pascal in, « De la géopolitique à la géoéconomie », Géoéconomie 3/2009 (n° 50) , p. 9-19 URL : www.cairn.info/revue-geoeconomie-2009-3-page-9.htm. DOI : 10.3917/geoec.050.0009. Edward Luttwak, “From Geopolitics to Geo-economics. Logics of Conflict, Grammar of Commerce”, The National Interest, Été 1990 ; The Endangered American Dream, Simon & Schuster, 1993, traduction française, Le rêve américain en danger, Odile Jacob, 1995.

 

[15] Vision and Actions on Jointly Building Silk Road Economic Belt and 21st-Century Maritime Silk Road - http://www.chinausfocus.com/finance-economy/belt-and-road-initiative-makes-strong-progress/#sthash.885aNiYT.dpuf

 

[16] Ivan Zuenko, Connecting the Eurasian Economic Union and the Silk Road Economic Belt : current problems and challenges for Russia,October 30, 2015, China in Central Asia, http://chinaincentralasia.com/2015/10/30/connecting-the-eurasian-economic-union-and-the-silk-road-economic-belt-current-problems-and-challenges-for-russia/

 

[17] Kazakh toll road programme, système de péage pour transports routiers ouvert aux investissements privés. http://www.eurasianbusinessbriefing.com/kazakh-toll-road-programme-may-be-opened-up-to-private-investment/