Nuntiamus Vobis Magnum Gaudium : Habemus Papam !

Ainsi le Conclave s'est-il réuni pour en appeler au retour du pontifex-maximus. 

« Habemus papam », comme l'a plaisamment déclaré A. Juppé, quelque peu dépité, mesurant sans doute l'ampleur du vide et renvoyant, tels des vaticanologues amateurs, les commentateurs de ce non-événement à la vaine tentation d'expliquer de quelle façon les naufragés de la Curie UMP ont ressuscité un zombie politique.

Un chef de gang est revenu : le « Capo » à la tête de sa « Famiglia », avec la prétention d'exercer à nouveau, au nom de sa « famille politique retrouvée », les fonctions de président de la République française ?

Habemus Papam, Eminentissimum ac Reverendissimum Dominum Franciae ?

Rien n'est moins sûr.

Le rêve éveillé a ses limites.

Comme si nous devions, pouvions accepter rien d'autre qu'un choix maléfique entre la réélection d'un bandit à la tête d'une droite éreintée en panne d'idées, la perspective d'une continuation de l'expérience socialiste dans sa volonté d'ajuster la réalité du monde à une vision idéologiquement dépassée, ou encore l'inéluctabilité d'un nationalisme dévoyé exaltant la part d'ombre d'un électorat prêt à choisir n'importe quoi dans la petite épicerie familiale.

Les consultations électorales au sein de l'UMP, comme au sein du PS ou du FN ne sont que des révolutions de bocal, un ensemble de résidus toxiques pour la France qu'il va falloir réduire par précipitation pour les rendre inertes avant que de les éliminer du paysage politique.

Il ne s'agit pas tant de « redresser » la France que de faire en sorte qu'elle cesse de tourner en rond.

Il s'agit de la remettre sur les rails.

Il s'agit de donner un coup de balai à tous ces zélateurs de « primaires », « de rassemblements », « d'unions », de « renouveau », qui n'ont en réalité que leur intérêt personnel en vue et recyclent depuis des années, par de grossiers changements d'étiquettes, des produits usés tirés du catalogue d'une manufacture en faillite.

Les enjeux nationaux sont une chose, les enjeux internationaux en sont une autre.

Que les choses soient claires : il reste deux ans pour faire en sorte que le prochain président de la République ne soit pas élu par défaut mais qu'il le soit par une offre radicalement différente, capable de répondre à l'immense aspiration des Français à quelque chose de réellement nouveau : un profond mouvement, une puissante lame de fond porteuse de changement.