Atteinte à la sécurité de l’État et à l’intégrité du territoire. La tiers-mondialisation de la France est en marche : un camp rom menace l’alimentation en chauffage de Paris.

 

Chassés de leurs campements par les expulsions de l'été, 900 Roms regroupés à Saint-Ouen bloquent l'approvisionnement ferroviaire de la Compagnie de chaufferie parisienne (CPCU). Des hôpitaux, des crèches et 110.000 foyers pourraient être privés de chauffage.

 

« Plus aucun train n'approche de la centrale de chauffage de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. L'immense campement rom illégal qui recouvre une partie des docks depuis cet été bloque cent mètres de voie ferroviaire, compliquant l'approvisionnement en charbon de ce maillon essentiel de la distribution de chaleur de Paris. » 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/11/09/01016-20131109ARTFIG00321-un-camp-rom-menace-l-alimentation-en-chauffage-de-paris.php

Sensationnalisme ? Pas exactement, dans la mesure où ce type de fait divers révèle quelque chose de beaucoup plus profond : une difficulté majeure que les "bonnes âmes" sont incapables de voir.

Comment ne pas voir en effet que le simple fait de constater un événement comme celui-là n’a rien d’unique mais relève bien au contraire d’une concaténation d’événements qui montrent à l’évidence, à l’échelle du territoire national et des institutions qui sont censées l’administrer, le protéger, pourvoir à sa sécurité – celle de ses habitants et de leurs biens -, que le ver est dans le fruit ? Doit-on attendre que l’arbre tout entier tombe malade et disparaisse ?

I. Un cadre juridique très précis pour des situations très précises

Il existe dans le Code de la défense un article L.1111-1 qui dispose que « la stratégie de sécurité nationale a pour objet d’identifier l’ensemble des menaces et des risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l’intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République, et de déterminer les réponses que les pouvoirs publics doivent y apporter. 

L’ensemble des politiques publiques concourt ainsi à la sécurité nationale. 

La politique de défense a donc pour objet d’assurer l’intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées. Mais elle contribue aussi à la lutte contre les autres menaces susceptibles de mettre en cause la sécurité nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, des traités et des accords internationaux et participe, dans le cadre des traités européens en vigueur, à la politique européenne de sécurité et de défense commune. » 

La défense et la sécurité sont nationales car elles ne concernent pas seulement la défense militaire et les forces armées, mais aussi, et sans exclusive, toutes les administrations responsables de grandes catégories de fonctions ou de ressources essentielles à la vie du pays. 

Elles incluent notamment : l’ordre public et la sécurité civile, la diplomatie, les finances,l’énergie, l’alimentation, les produits industriels, la santé publique, les transports, les télécommunications, les travaux publics et la sécurité des systèmes d’information. 

Comme on le constate, l’éventail est donc très large et inclut tout ce qui, de près ou de loin, contribue à la vie quotidienne d’un pays en général, mais aussi de ces collectivités que constituent les grandes villes en général et une grande ville comme Paris en particulier. 

II. Une situation inadmissible

C’est dire que l’information que donne le quotidien le Figaro de ce 09 novembre 2013 (Un camp rom menace l'alimentation en chauffage de Paris) est proprement surprenante. 

Chassés de leurs campements par les expulsions de l'été, 900 Roms regroupés à Saint-Ouen bloquent donc l'approvisionnement ferroviaire de la Compagnie de chaufferie parisienne au point que des hôpitaux, des crèches et 110.000 foyers pourraient être privés de chauffage.

Plus aucun train n'approche de la centrale de chauffage de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. L'immense campement rom illégal qui recouvre une partie des docks depuis cet été bloque cent mètres de voie ferroviaire, compliquant l'approvisionnement en charbon de ce maillon essentiel de la distribution de chaleur de Paris. 

Depuis le début du mois de juillet, au rythme des expulsions survenues en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-d'Oise, le campement rom de Saint-Ouen n'a donc cessé de grossir. « Ils étaient 500 en juillet, 800 début octobre, 900 maintenant, dont un tiers d'enfants », explique le cabinet du maire, qui se dit « totalement incapable de gérer la situation ». On le comprend. 

La voie ferrée qui mène à la centrale de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) est complètement bloquée, couverte de cabanons, de caravanes et de détritus. Cette chaufferie représente pourtant, à elle seule, le quart de l'activité de la CPCU, qui alimente tous les hôpitaux publics de la capitale, une grande partie des crèches et 110 000 foyers parisiens

« S'il y a un pic de froid à partir de la mi-décembre, la Compagnie de chauffage ne pourra pas faire face », confie au Figaro Jean Tilloy, attaché de presse de la mairie de Saint Ouen. La voie ferroviaire étant impraticable, des dizaines de camions se relaient quotidiennement pour acheminer jusqu'à la centrale les tonnes de charbons nécessaires à son fonctionnement. Une solution temporaire car « beaucoup trop coûteuse », selon les responsables de la chaufferie. 

III. Une incurie inacceptable 

Dans un courrier adressé au ministre de l'Intérieur, relate l’article précité, le Maire (FdG), Me Jacqueline Rouillon, débordée par la situation devenue ingérable, dit craindre « un grave accident » et demande l'expulsion rapide du campement, tout en proposant aux villes voisines d'accueillir des groupes de Roms dans des « villages d'insertion », sur le modèle de celui qu'elle avait mis en place entre 2008 et 2012. 

« Propriétaire des terrains, ajoute l’article, Réseaux ferrés de France a obtenu début octobre l'évacuation du campement dans un délai de deux mois. L'État pourra donc procéder à l'expulsion du campement à partir du 12 décembre prochain. « Beaucoup trop tard », aux yeux des responsables de la chaufferie, qui estiment qu'il faudra « au moins un mois de plus » pour rendre la ligne ferroviaire à nouveau opérationnelle. La saison de chauffe, où la centrale devra tourner à plein régime, démarre le mois prochain. » 

IV. « Que faire ? » disait Lénine. La réponse est très simple : remettre de l’ordre, non seulement sur ces lieux précis mais encore dans tous les lieux de fixation identiques. 

« Vous souhaitez donc expulser toutes ces personnes ? » me demandera-t-on. Précisément, et non seulement de cet endroit mais encore de l’ensemble du territoire qui est en train de se couvrir de bidonvilles.

Près de 17 000 personnes vivent dans près de 400 bidonvilles en France, indique une étude du quotidien Le Monde en date du 27 septembre 2013. C'est l'un des principaux enseignements de l'état des lieux dressé par la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (Dihal), dans le cadre du suivi de la circulaire du 26 août 2012 sur l'évacuation des campements illicites. Parmi ces milliers de personnes vivant dans une extrême précarité figurent 4 300 enfants. Ces informations ont été collectées pendant l'été 2013 par les correspondants en région de la Dihal. 

Il est urgent d’ouvrir les yeux dans la mesure où un véritable ministre de l’Intérieur n’aurait jamais dû laisser une population incontrôlable dont la place n’est pas sur le territoire français y entrer, s'y maintenir, s’approcher et s’établir en toute illégalité sur les emprises ou même à proximité d’installations aussi sensibles que celles d’une centrale d’énergie, quelle qu’elle soit, au point d’en rendre au surplus l’accès difficile sinon incontrôlable et d’en menacer le fonctionnement.

On commence par voler des câbles électriques destinés à nourrir un trafic de métaux, on pille les grilles et les bronzes des cimetières, à quand les sabotages d'installations techniques ? 

L’expulsion, non seulement des lieux précités mais encore du territoire de la République ne saurait attendre – pour quelle raison ?- la date du 12 décembre prochain. 

Que se passe-t-il donc en France pour que des mesures aussi efficaces que l’évacuation dans les 48 heures par la Gendarmerie ne soient pas déjà intervenues ? Par manque de décision, manque d’ordres adéquats, pusillanimité ? Si tel est le cas, l’on dispose alors d’un fait avéré d’un manquement inacceptable imputable à des autorités qui ne sont plus à leur place et doivent passer la main.

Nous avons dépassé le stade de la réflexion « du chaos au nomos », tel que le définit le criminologue X. Rauffer. Des institutions démocratiques fortes et la primauté du droit jouent un rôle important dans la prévention de l’apparition de déséquilibres et de menaces. 

Comment ne pas voir qu’une administration publique déficiente et l’incapacité des Etats à mettre en place des institutions démocratiques appropriées et opérationnelles qui soient en mesure de promouvoir la stabilité peuvent, en soi, constituer un terrain favorable pour toute une série de déstabilisations et de dangers ? 

A moins que tout cela ne participe d’une stratégie de pourrissement, de faiblesse et d’angélisme destinée à déboucher sur une « prochaine régularisation » ? 

Si le ver est dans le fruit, il convient de préserver la santé de l’arbre. Un pays se gouverne. Je suis prêt.

 

Notes et sources : 

I°/- Article L1111-1 Modifié par LOI n°2009-928 du 29 juillet 2009 - art. 5

La stratégie de sécurité nationale a pour objet d'identifier l'ensemble des menaces et des risques susceptibles d'affecter la vie de la Nation, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l'intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République, et de déterminer les réponses que les pouvoirs publics doivent y apporter.

L'ensemble des politiques publiques concourt à la sécurité nationale.

La politique de défense a pour objet d'assurer l'intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées. Elle contribue à la lutte contre les autres menaces susceptibles de mettre en cause la sécurité nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, des traités et des accords internationaux et participe, dans le cadre des traités européens en vigueur, à la politique européenne de sécurité et de défense commune.

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071307&idArticle=LEGIARTI000020932648&dateTexte=20130501

2°/- Du chaos au nomos : http://www.xavier-raufer.com/site/Du-chaos-au-nomos

3°/- Une contribution intéressante : http://blog.nicolasdupontaignan.fr/post/Y-a-t-il-une-question-Roms-en-France

4°/- Les bidonvilles en France : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/09/27/en-france-17-000-personnes-vivent-dans-des-bidonvilles_3486302_3224.html