Bonne chance, Président Salva Kiir Mayardit ! Et confiance dans l’avenir, car il vous faudra en effet beaucoup de diplomatie en tant que dirigeant du 54 ème Etat africain qui rejoindra l’ONU dans quelques jours pour conquérir la pleine souveraineté politique et économique de votre nouveau pays sur fond de guerre d’hydrocarbures. Et si la partition du Soudan était le prélude à une balkanisation régionale, autour des Grands Lacs et au Congo, par exemple, initiant la recomposition des véritables nouvelles frontières africaines en mettant un terme au principe d’intangibilité issu de la décolonisation et en laissant le champ libre à de nouvelles sécessions en prise avec de nouvelles réalités géopolitiques et géoéconomiques ?

 

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La République du Sud-Soudan (RoSS)  a donc proclamé son indépendance samedi 09 juillet 2011 à Juba, sa capitale, devenant la plus jeune nation au monde et divisant en deux le plus grand pays d'Afrique. Le Sud, à majorité chrétienne et animiste, se sépare ainsi du Nord musulman après 39 ans d’une guerre civile atroce comme le sont toutes les guerres de sécession et qui aura causé plus de deux millions de morts. 

Rappel : 

La guerre civile Nord/Sud au Soudan a débuté en 1955 et s’est poursuivie jusqu’en 1972.

La signature des accords d’Addis-Abeba en 1972 met fin à la guerre Nord/Sud ; sa reprise en 1983  est marquée en 2005 par la mort de John Garang  (chef de la  sécession du Sud-Soudan) dans un accident d’hélicoptère (assassinat politique ou accident, la question demeure).


Le 9 janvier 2005 les rebelles sudistes signent avec Khartoum un accord de paix qui prévoit la disparition de la Charia dans le Sud et 6 années d’autonomie avant un référendum sur l’indépendance.


En se portant garante du Traité de Paix de Nairobi de 2005 et de la bonne tenue du référendum d’autodétermination de janvier 2011 à  l’occasion duquel le Sud-Soudan a vote la sécession à 98,83%, la communauté internationale a rendu possible l’émergence de cette nouvelle République Si le défi politique a été surmonté, l’incertitude demeure quant aux défis ethniques, sociologiques, économiques (85% du pétrole soudanais se trouve au Sud alors que la seule raffinerie, l’unique débouché maritime sur la Mer Rouge ainsi que l’oléoduc qui permet l’exportation de ce pétrole sont au Nord).


Les négociations vont donc continuer sur entre le Sud et le Nord, négociations qui existent déjà par l’intermédiaire de l’ancien Président Sud-Africain Thabo Mbeki avec des facilitateurs norvégiens ainsi que la Chine qui est le plus grand exploitant et acteur du pétrole soudanais.

 

Une proie de choix

 

Le nouvel Etat (193è membre des Nations Unies, et 196è pays du monde)  s’est naturellement doté des attributs de sa souveraineté en adoptant, outre une monnaie et un  hymne national  qui disent la longue marche vers l’indépendance, un drapeau parlant. Ce drapeau, celui de l’ancien SPLA (Sudan People's Liberation Army), adopte le noir qui représente le peuple du Sud-Soudan, le vert à l’image du pays, tropical, le blanc pour la paix, le rouge en mémoire du sang versé, le bleu pour les deux Nil et le jaune d’or pour l’étoile de Bethlehem, rappel d’un christianisme en opposition avec la désormais ancienne partie à dominante musulmane. 

Les 7900 soldats et experts de la nouvelle mission des Nations Unies au Sud-Soudan - la Minuss -, chargée d’accompagner le pays dans sa construction, montrent l’inquiétude que suscite le futur de la sécession nouvellement consacrée par la communauté internationale. Usant d’une formule parfaitement rodée, M.  Jiang Weixin, envoyé spécial du président chinois Hu Jintao, n’a pas manqué, pour  saluer l’ouverture de relations diplomatiques entre le Sud Soudan et la Chine, de déclarer, à propos de Khartoum et de Juba qu’il était « convaincu que les deux parties doivent donner la priorité à la paix et régler les problèmes par les négociations et les consultations sur la base des compréhensions mutuelles", (10 juillet  2011 - 15:29:00  Xinhua). Les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Union européenne, ont ainsi rapidement reconnu le Sud-Soudan en l’assurant de leur amical, empressé et…indéfectible soutien. 

Avec 9 millions d’habitants pour un territoire de 589.745 km2, la République du Sud-Soudan est  en effet potentiellement très riche.  Si son sous-sol regorge de pétrole (85% de la production soudanaise), de fer, cuivre, chrome, zinc, or et argent, elle  possède aussi d’immenses ressources agricoles. Le pays est donc un Etat viable économiquement à condition que ses richesses soient exploitées au bénéfice de ses citoyens et que les futurs dirigeants évitent l’écueil des « Dutch Deseases », cette malédiction qui s’attache à la possession soudaine d’immenses ressources naturelles (gaz et pétrole) qui a  frappé d’autres pays africains tels le Gabon ou le Nigeria, mais qui ont généré gaspillage, pauvreté et conflits. 

Les nombreuses fées qui se penchent désormais sur le berceau de cette éponge pétrolière  et agricole posent les nouvelles bases d’une géopolitique dont les acteurs n’ont pas attendu d’être invités avant de s’asseoir à la table des négociations. Outre  la Chine, les USA et l’Union européenne, avec, comme observateurs et voisins attentifs, l’Egypte et l’Ethiopie (pour les deux Nil et l’enjeu géopolitique des ressources hydrauliques), l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya (porte de sortie vers l’Océan Indien), chacun a bien identifié le fait que les réserves pétrolières prouvées de l’ancien Soudan se trouvent au Sud-Soudan. Ainsi, en construisant des oléoducs qui traverseront le Kenya ou en descendront vers ses voisins méridionaux, le Sud-Soudan pourrait bien disposer du moyen de vider sinon modifier les termes de la querelle sur les revenus pétroliers qui l’oppose toujours au gouvernement de Khartoum, au Nord. Qu’il s’agisse du Soudan,  de l’Ethiopie, du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Burundi, de la RdCongo, de la République centrafricaine,  tous  ces pays ont inéluctablement vocation à intégrer leur désormais nouveau grand voisin dans cette organisation intergouvernementale que constitue la Communauté des pays d’Afrique de l’Est  (CEA/EAC) et ses satellites.

On voit ci-dessous l'enjeu du débat:

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Source cartographique :http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Analysesterrorisme/afrique-usa-politique-controle.html

 

La partition du Soudan est-elle synonyme de catastrophe régionale ? 

La question sous-jacente est celle de l'effritement du principe d’intangibilité des frontières en Afrique : le continent se dirige-t-il vers de nouvelles sécessions ? 

Du Darfour à la militarisation de la zone disputée d’Abyei en passant par le rébellion du Kordofan-Sud (seul Etat pétrolier du Nord-Soudan), malgré le soutien appuyé de la Chine à son  président accusé de génocide par la Cour pénale internationale, la situation du Nord-Soudan est devenue critique. Le pays va en effet perdre 37% de ses revenus après l'indépendance du Sud, situation d’autant plus périlleuse que  la dette publique de Khartoum s'élève à 38 milliards de dollars, que l'inflation est galopante et que les sanctions américaines pèsent sur l'économie La sécession du Sud-Soudan devrait avoir de nombreuses répercussions négatives sur le Nord-Soudan. 

Il n’est pas exclu que la Chine lache un pays qui se révèle désormais dépourvu d’avantages. L’importance des investissements qu’elle expose au Kenya (à hauteur de 7,17 millions de dollars pour la construction d’un second port à Lamu, sur la côte nord-est, d’une deuxième ligne de chemin de fer Mombasa-Kampala (Ouganda) et d’un couloir autoroutier reliant le Kenya à l’Ethiopie et au Sud-Soudan) ne sont-ils pas la preuve d’un nouveau tropisme ? 

Quelle va être la réaction des USA ? Soyons certains qu’il y en aura une. Et celle de l’Union européenne ? On ne risquera pas grand-chose en suggérant un attentisme certain de sa part au vu de son enlisement dans les sables de Libye, sauf retournement de situation. Il est toutefois certain, au regard des profondeurs de territoire qu’offre l’Afrique à l’Europe, son « étranger proche » comme disent les Russes,  que des deux éponges à hydrocarbures que constituent le Sud-Soudan et la Libye, l’opportunité nord africaine demeure  pour l'U.E. la plus accessible à court terme.

 

Du Sud-Soudan aux  rives du Lac Albert, les grandes manœuvres du pétrole congolais : 

Et plus au Sud, qu’en est-il ? On en saura plus en s’intéressant aux grandes manœuvres dont le pétrole congolais est devenu l’objet  autour du Lac Albert. http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=17811 et qui, n’en doutons pas, vont probablement générer à court terme d’autres mutations géopolitiques et géoéconomiques de première grandeur.

 

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Carte des permis d’exploration pétroliers du Graben Albertine (*)  

(*) Terme de  géologie qui désigne un fossé tectonique d’effondrement.

 

Source : http://www.sacoilholdings.com/o/drc.php

On trouvera ici une étude géographique et géologique remarquable avec cartes didactiques : http://www.envoi.co.uk/P183Tower(Uganda)Syn.pdf

 

 

L’analyse qui suit, sous la plume de Mathias Ikem, mérite d’être citée car elle pose d’autres questions à l’échelle d’un autre géant géographique et minier dont la souveraineté étatique pourrait bien être traversée à son tour, à l’instar du Soudan, par des tendances centrifuges : la République démocratique du Congo.

 

Comme l’explique Mathias Ikem « Le Kivu, l'Ituri et les Uélé constituent actuellement ce Congo utile à cause du boom sans précédent provoqué par l'extraction du colombo de tantale (coltan), la cassitérite, le niobium, l'or mais aussi par la soif du pétrole du Graben Albertine.


On observe un appétit sans précédent pour les richesses du Sud Soudan et le désir d'y accéder à bas prix comme aussi pour le Congo.


Et si c'est l'urgence d'une exploitation pétrolière qui a conduit à l'éclatement du Soudan, la soif du pétrole et de toutes les autres matières premières pourraient amener, mutatis mutandis, l'éclatement de la RdCongo. Car,ajoute Mathias Ikem, en raison de sa géographie, les réserves en brut du Graben Albertine ( i.e. les rives du Lac Albert) seraient faciles à exploiter mais également à transporter jusqu'au port de Mombasa. Cela avait d'ailleurs fait l'objet de la (conférence) tripartite Museveni – Kabila – Mwaï Kibaki à Entebbe le 12 mai 2011. C'est ce qui explique aussi en partie la sollicitude des Etats-Unis envers l'Est du Congo.


Des comparaisons fortuites


Le Soudan, comme l’explique encore Mathias Ikem, jusqu’à ce jour  le plus grand pays d'Afrique comme la RDCongo qui est un sous continent, partage avec la RDCongo les eaux du Nil.


Pour amener la paix, analyse-t-il, il a fallu sacrifier John Garang comme avec l'Angola Savimbi. Mieux, pour balkaniser, il fallait sacrifier Laurent-Désiré Kabila. Car, on peut tout dire, avec la situation de non Etat, le Congo reste toujours une maison en flammes quitte à intéresser les sapeurs-pompiers.


Une frontière, ça se soigne. La nôtre, dit-il,  est laissée à la merci des Ougandais (UPDF et LRA) et des Soudanais (SPLA).


Ici, la grande politique et le business font bon ménage. Aveuglé par la haine du régime islamiste de Khartoum, Washington a en effet préféré financer et armer la rébellion sudiste. A une dimension plus politique du règlement du conflit soudanais pour des solutions durables, Washington a opté pour l'éclatement du Soudan. Avec des réserves estimées à 3 milliards de barils, le Soudan représente un important fournisseur du brut pour les oïl men.



Mais aux dires de certains analystes, la partition du Soudan serait une catastrophe régionale si elle amène des effets d'entraînement. Elle ne saurait éviter des affrontements fratricides qui se déroulent autour de El-Obeid et ne saurait mettre fin au conflit (aujourd’hui oublié) du Darfour. On se souvient de toutes les thèses professées comme remède à la violence et à l'insécurité qui concernent  la RDCongo et notamment celles qui estiment que les voies et moyens d'établir ou de rétablir une paix durable dans la région des Grands Lacs consistent à revoir nécessairement les tracés des frontières des Etats actuels et les reconstituer sur base des affinités ethniques tenant compte notamment des aspects génériques, culturels et morphologiques ».

 

Safari Oïl, affaire à suivre ! Tout est dit. Les acteurs sont en place, le rideau s’ouvre et la pièce commence. 

Sources et références : 

http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2003/03/ebra.htm 

http://iwacu-burundi.org/spip.php?article336 

http://www.afriquejet.com/news/africa-news/tanzania-eac-energy-stakeholders-discuss-proposed-dar-es-salaam-mombasa-gas-pipeline-2011051111473.html

http://www.gossmission.org/goss/

Source iconographique : 

http://www.republicoftogo.com/Toutes-les-rubriques/In-English/Good-luck-to-South-Sudan 

Carte de la coalition européenne pour les ressources pétrolières au Soudan : 

http://www.ecosonline.org/reports/2007/%5Eindex.html/ECOSfactsheetIIOctober2007.pdf.html 

http://www.unsudanig.org/library/mapcatalogue/sudan/data/planning/Map%201177%20Euoupean%20Coalition%20on%20oil%20in%20Sudan%20ECOS%20aug2007.pdf

http://www.sudanupdate.org/REPORTS/Oil/17cos.html

L'avenir sombre du Nord-Soudan après la sécession du Sud - 4 Juillet 2011 :

http://fr.allafrica.com/stories/201107041324.html 

http://editions-sources-du-nil.over-blog.com/article-et-si-la-partition-du-soudan-etait-une-catastrophe-regionale-78913704.html  

http://editions-sources-du-nil.over-blog.com/article-avec-le-petrole-du-soudan-et-du-lac-albert-la-rdcongo-pourra-t-elle-resister-a-la-balkanisation-78913935.html 

G. Prunier, Sud-Soudan : l’indépendance et après…http://www.geopolitique-africaine.com/sud-soudan-lindependance-et-apres 

Sur le pétrole de la RdCongo, le Nouvel Eldorado des gisements du Graben Albertine : 

La passionnante analyse de Bernard Lugan : «  Le pétrole du Lac Albert : vers un embrasement régional ? »   http://agoradedroite.fr/?p=1521 

Une étude exhaustive et une  cartographie très précise des enjeux géologiques, énergétiques et politiques de la question pétrolière relative au Graben.

http://www.envoi.co.uk/P183Tower(Uganda)Syn.pdf 

http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=14998 

http://www.mediacongo.net/show.asp?doc=17811 

http://www.africanews.cd/index.php?option=com_content&view=article&id=1130:au-cours-dun-atelier-organise-par-sarw-le-petrole-rd-congolais-suscite-le-debat&catid=71:movies&Itemid=415 

Corridor Nord http://www.cirgl.org/IMG/pdf/projet331.pdf 

Mathias Ikem (Et si la partition du Soudan était une catastrophe régionale ?) 

La RdCongo possède trois marchés naturels, le marché de l’ouest avec Kinshasa tourne vers l’océan Atlantique, le marché du Sud avec le Katanga donnant à la Zambie et à l’Afrique du Sud et le marché de l’Est dont les échanges commerciaux et la mobilité des personnes sont plus intenses avec l’Ouganda et le Rwanda, tourné vers l’océan Indien. 

Avec le pétrole du Soudan et du lac Albert, la RdCongo pourra-t-elle résister à la balkanisation ? 

http://www.lemondecommeilva.com/et-le-petrole,223 

Sur les oléoducs : 

http://www.kenyaengineer.co.ke/features/52-public-private-partnership-in-development-of-sustainable-infrastructure-kenya-pipeline-case 

http://www.vigilsd.org/articles/bf125/bf-125-12.htm 

Références bibliographiques : 

DOUGLAS H. JOHNSON, The Root Causes of Sudan's Civil Wars. London: International African Institute; Oxford: James Currey; Bloomington: Indiana University Press; Kampala: Fountain Publishers (paperback 12.95 [pounds sterling], ISBN 0 85255 392 7). 2003, 256 pp. 

Un passionnant commentaire en introduction de cet ouvrage majeur sur le Soudan: 

http://www.africa.ufl.edu/asq/v7/v7i2a29.htm 

http://www.iss.co.za/Pubs/ASR/12No2/BookRev.pdf 

Autre menace qui se dessine à l’horizon : l’utilisation intelligente et multiethnique (Dinka, Nuer, Azande, Bari, Shiluk-Anwak) dans le nouvel appareil politique en évitant que la tribu Dinka dominante au sein du Parti ne s’attribue tous les postes et ouvre ainsi la voie aux règlements de compte ethniques pour le contrôle du pouvoir mais aussi de la terre. 

Le général Omar El Béchir, président du Soudan du Nord, dont les ressources pétrolières ont été largement amputées risque de ne pas rester les bras croisés en essayant de manipuler certains Sud-Soudanais de la nouvelle République pour créer des troubles.