10 décembre 2008
Foi en l'Homme.
La France s’est honorée en
créant un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme. L’idée,
féconde, fragile mais perfectible, est là. Le pas a été franchi, que
d’autres pays auraient été incapables de faire.
Au moment du 60ème anniversaire de la
déclaration universelle des droits de l’Homme, les propos tenus par M.Bernard
Kouchner dans le quotidien Le Parisien du mercredi 10 décembre 2008 ont
beaucoup surpris. Le ministre des Affaires étrangères, chef de la
diplomatie, a en effet jugé que son idée de créer un secrétariat d’Etat
aux droits de l’Homme était une « erreur », estimant qu’il existait
une : « contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la
politique étrangère d’un Etat, même en France ».
« Cette contradiction peut être féconde mais fallait-il lui donner un caractère gouvernemental en créant ce secrétariat d’Etat ? Je ne le crois plus et c’est une erreur de ma part de l’avoir proposé » à Nicolas Sarkozy, a-t-il ajouté. « On ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’Homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme ».
Vous
vous trompez, Monsieur le Ministre : c’est précisément parce qu’il
existe une contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la
politique étrangère des Etats, quels qu’ils soient, que ces droits
doivent être en permanence réaffirmés et posés comme des normes
universelles face à tous ceux qui, au nom d’intérêts particuliers,
refusent d’admettre ce qui les gêne :
la Charte des Nations Unies ( 26 juin 1945) , et la Déclaration
En créant un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme, vous avez mis en avant la Chartep ar laquelle les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’Homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, en se déclarant résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.
De la protection des libertés publiques à l’échelle nationale, du fichage des citoyens considérés comme « ennemi intérieur », des violences policières aux brutalités et aux comportements avilissants dont une récente actualité vient encore de donner des exemples flagrants à la destruction de leurs pays par des dictateurs sanglants auxquels ont ne peut que souhaiter de rendre compte de leurs agissements, voire de la promotion d’une sauvagerie politique, économique et sociale au nom d’une course éperdue aux profits, il existe un fil conducteur, toujours le même, qui est précisément cette contradiction apparente que seule l’affirmation constante d’une universalité du respect de la vie humaine peut permettre de surmonter.
De la Cour Pénale Internationale aux dispositions du Chapitre VII de la Charte
De Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, à Rony Brauman, en passant par Amartyan Sen et Mario Bettati, l’idée est la même, malgré les hésitations ou les erreurs : une foi absolue en l’Homme.
« Dans ce
monde qui va en se rétrécissant, a écrit Georges Séféris, chacun de nous a besoin de tous les
autres. Nous devons chercher l’Homme, partout où il se trouve. Quand,
sur le chemin de Thèbes, Oedipe rencontra le Sphinx qui lui posa son
énigme sa réponse fut : l’Homme. Ce simple mot détruisit le monstre.
Nous avons beaucoup de monstres à détruire. Pensons à la réponse
d’Oedipe. »
Discours de Giorgos Seferis au Banquet du Prix Nobel, prononcé en français © Fondation Nobel 1963
Sources :
http://www.senat.fr/rap/r98-313/r98-313.html
http://www.un.org/french/aboutun/charte/chap7.htm
http://www.respublicanova.fr/spip.php ?article349
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